PEUT-ETRE
Son amour, dédaigneux des secrètes prudences, Ne m'imposerait pas ces longs jours d'amitié. Où même le désir s'attarde en confidences, Hésite en langueur tiède et s'émictte en pitié.
Elle me sourirait d'une lèvre pâlie,
Comprenant bien qu'en moi chaque jour entassait
Toujours plus de silence et de mélancolie.
Elle serait très douce, et peut-être, — qui sait ? —
A force de la voir si confiante en elle. Je croirais presque aux vœux qui m'ont déjà menti :, Elle éploierait sur moi, comme l'abri d'une aile. Un espoir de tendresse et de bonheur blotti.
Et, sans l'aimer encor, bien qu'en ma solitude Survive à la douleur le mal d'avoir souffert. Je referais ma vie avec la quiétude Non d'un rêve imploré, mais d'un amour offert.
Je ne supplierais pas : mon cœur n'est plus capable Du dévouement profond qu'il faut pour exiger; je sais trop ma faiblesse, et je serais coupable D'un aveu malgré moi peut-être mensonger.
1^2 LE SONGE DE l'amOUR
Mais je sais bien aussi qu'un amour neuf apporte Assez d'oubli distrait pour qu'on espère en lui; Et, si je la voyais sur le seuil de ma porte, Je ne serais pas sûr de mon cœur, aujourd'hui.
Chaque bienfait reçu me rendrait à moi-même, Pour être digne au moins de l'avoir accepté; Je m'aimerais sans doute en voyant qu'elle m'aime, Et je serais meilleur de toute sa bonté.
Sans lui rien découvrir de ma peine inconnue, Je m'avouerais meurtri de chagrins sans raison... Mais elle verra bien qu'au jour de sa venue Tout le bonheur possible entre dans la maison.