‹ Poèmes d'amourChapitre 47 sur 94 · SUR TON ÉPAULE I · texte numérisé non relu

SUR TON ÉPAULE I

Sur ton Épaule

1 u m'as donné tes yeux, tu m'as donne ta bouche-. Sois moins prudente, achève : ose donner ton cœur. Je le sens, malgré toi, sous ma main qui le touche, Frémir comme un nid tiède où les petits ont peur.

Tu m'as donné ton corps inquiet et docile, Et ta fatigue heureuse, après tes longs sanglots. Maintenant tu dors presque. Un rayon qui vacille Glisse à travers la chambre au bord de tes yeux clos.

Sombres, les rideaux lourds pendent sur la fenêtre j Mais, depuis un moment, toute l'obscurité Frissonne du rayon furtif qui la pénètre. Ton visage a dans l'ombre un contour de clarté,

138 LE SONGE DE l'AMOUR

L'heure est douce ; mon cœur n'a plus de violence, Et ma tête repose appuyée à ton bras, Toute pleine d'amour, de rêve et de silence, Dans le parfum léger de ton corps sous les draps.

Entre mes deux genoux tu t'es emprisonnée. Tu restes immobile et tendre, comme si Tu devais lentement finir cette journée, Oublieuse de tout ce qui n'est pas ici.

Et pourtant, loin de moi, ton âme est asservie; Nous comptons malgré nous, peut-être à notre insu, Les instants passagers que tu prends à ta vie Et qui me laisseront plus triste e^ plus déçu.

Quand tu relèveras ta tête fatiguée.

Tu ne me rendras pas tes yeux qui s'ouvriront;

Tu feras cet effort d'être enfantine et gaie,

Et pour ne pas pleurer notre adieu sera prompt.

J'entendrai lourdement se refermer la porte Et s'éloigner ta robe alentour de tes pas... Seul après le bonheur que ta présence apj)orte, J'aurai des souvenirs que je n'avouerai pas.

PEINE ATTARDEE I39

Peine attardée

i N E me dis pas de mots trop graves. Reste ainsi, Tendre, à peine présente et légère à mon âme. Notre amour est encor fragile. Ne réclame En mes yeux incertains qu'un deuil plus adouci.

Entre nous, malgré moi, trop de regret s'attarde; Mon cœur, faible à jamais, sait mal te protéger. Si ton charme parfois me devient étranger, Ne me reproche rien, n'exige rien. Prends garde.

Ma main distraite glisse au long de tes cheveux; Par endroits, par instants, noirs un reflet les dore. Ton visage a souvent des choses que J'adore. Je t'aimerai peut-être un jour comme tu veux.

Mais ne me force pas encore à te le dire. Les mots éveilleraient en moi tout le passé, Et je ne serais plus qu'un pauvre délaissé, Seul malgré ta présence et malgré ton sourire.

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