‹ Poèmes d'amourChapitre 52 sur 94 · GRATITUDE I · texte numérisé non relu

GRATITUDE I

Gratitude

J E ne t'ai j'amais dit le secret de ma peine; Mais, au premier regard, tes yeux l'ont deviné. D'avance, entre mes bras, tu te savais lointaine. Ton amour n'eut d'espoir que d'être pardonné.

Car tu voyais déjcà, malgré l'orgueil intime De m'ofFrir humblement la pitié d'un abri, Que plus tard, près de moi, tu serais la victime D'un cœur découragé qu'une autre avait tari.

Tu n'as pas redouté les prochaines détresses; Et, tant que j'ai souffert, tu venais chaque jour M'apporter tous les mots et toutes les caresses Qui pouvaient, après toi, me faire aimer l'amour.

I50 LE SONGE DE l'amOUR

Et quand tu m'as senti pur des choses anciennes, Assez guéri par toi pour un nouveau bonheur, Tes mains, tes douces mains ont su quitter les miennes. Tu me rends à la vie avec un autre cœur.

l'offrande 151

L'Offrande

•J E lui dîraî : Voici mon cœur et mes pensées, Je vous aime et j'attends; je ne puis rien de plus Qu'achever, après vous, les phrases commencées, Et prononcer les mots que vous aurez voulus.

Qu'importe mon amour et tout ce qu'il réclame I Je ne puis que rester grave et silencieux, Et, d'un bonheur jaloux, cacher au fond de l'âme Un peu de la douceur qui passe dans vos yeux.

Libre des vœux anciens, je regarde en arrière Tout ce qui n'est pas vous s'effacer et vieillir, Mais je n'ai pas le droit même d'une prière, Tant que votre visage hésite à l'accueillir.

152 LE SONGE DE L*AMOUIl

Je me reprocherais des paroles hâtives : Votre sourire heureux vous garde et vous défend, Et j'ai peur d'alarmer vos tendresses craintives Où les rêves de femme ont des candeurs d'enfant.

Toute une ferveur humble à mon cœur se révèle, Un grand besoin d'aimer, de croire et d'obéir, De trouver chaque jour une offrande nouvelle Q.ui me rapprocherait de vous, sans me trahir.

Je veux qu'à votre insu mon regard vous caresse, Qu'autour de vous, sur vous, il se pose léger, Donnant toute sa joie et voilant sa détresse, Épris d'être docile et non d'interroger.

C'est en moi seulement que j'ose être plus tendre ; Et le soir, loin de vous, je vous parle parfois, Dans l'ombre, avec des mots si vrais qu'à les entendre Vous aimeriez l'amour qui tremble dans ma voix.

La chambre où j'ai souffert et que j'ai délaissée, Se peuple maintenant de bonheurs méconnus, Et partout en mon cœur, partout en ma pensée, La jeunesse et l'espoir sont déjà revenus.

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