L OFFRANDE I
Tout reprend à mes yeux sa nouveauté première. Je me sens adorer d'un désir simple et doux La lampe intime et la tiédeur de sa lumière Et le silence, autour de moi qui pense à vous.
Je ne demande rien : je pense à vous ; j'ignore Si mon appel obscur saurait vous émouvoir; Je sais que je vous aime, et sans y croire encore Je prépare les jours où je pourrais vouloir.
Comme je veillerais sur vos craintes, et comme Je vous ferais, d'avance, un tranquille chemin 1 Rassurez-vous, je me sens fort, quand je vous nomme. Je ne laisserais pas s'effrayer votre main.
Je vous épargnerais les tristesses des autres; J'écarterais de vous tout ce qui peut meurtrir; Et mes rêves, ayant la pureté des vôtres, Nous les regarderions pensivement fleurir.
Q.uand nous aurions vécu de la même journée, Le soir, tous les bruits vains s'éloigneraient de nous ; Et je vous parlerais de ma joie étonnée... Et des livres parfois seraient sur vos genoux.
Et je ne saurais plus, dans ce calme bi-en-étre Où le bonheur est comme un hôte inaperçu, Que j'avais pu souffrir avant de vous connaître, Qu* avant de vous aimer je me croyais déçu.