DESIR MUET
Vous incliniez la tête et, rougissante un peu,
Vous prépariez votre surprise ; Vous regrettez surtout, peut-être, de l'aveu
Le reproche qu'il autorise.
Même sans m'accueillir, même si mon amour Était de ceux que l'on repousse.
Vous étiez déjà prête à m'offrir en retour Une amitié sensible et douce.
J'ai plus troublé votre âme en ne vous disant rien,
Vous demeurez tout inquiète; Et c'est vous, maintenant, dont le cœur près du mien
A la fois redoute et souhaite.
En dépit de vous-même, un caprice déçu
A mon amour vous intéresse Et vous vous demandez par quels mots j'aurais su
Vous émouvoir de ma tendresse.
Tout mon désir muet vous gagne en ce moment.
Je vous regarde avec délice...
Je n'aurais pas été sans doute votre amant ;
Je suis un peu votre com.plice.
Prudence
il je voulais, peut-être, douce amie Que je plains et qui me plaignez,
J'éveillerais la tendresse endormie Au fond de vos yeux résignés.
A votre insu, j'entrerais dans votre âme;
Vous me sentiriez devenir Tel, malgré vous, que votre ennui réclame
L'amant prochain qui doit venir.
Je sais les mots dont la ferveur tremblante
Berce le cœur sans l'apaiser.
Et, peu à peu, sur la lèvre brûlante
Prépare le premier baiser.