PRUDENCE
Je sais, je sens l'heure obscure où persiste
L'éternel besoin de trahir, Où, dans le soir qui tombe, l'on est triste
D'être fidèle et d'obéirj
Où le devoir tout à coup se révèle.
Morne, mélancolique et nu, Où le désir d'une étreinte nouvelle
Émeut d'un frisson inconnu.
Je sais qu'un geste, un regard, un sourire
Font le silence plein d'aveux...
Et je n'aurais, alors, sans vous rien dire.
Qu'à me pencher sur vos cheveux.
Docilement, vous me laisseriez prendre.
Ce soir, dans ma main, votre main.
Qu'un autre, hélas 1 plus avide et moins tendre Sur vos genoux prendra demain.
Et nous serions amants, voués aux doutes,
Aux mensonges de chaque jour, Aux désespoirs des cœurs furtifs, à toutes
Les angoisses d'un pauvre amour»
208 LE CHEMIN DE l'oUBLI
Et nous n'aurions, parfois, sans les paresses Qui font les baisers plus aimants,
Que le bonheur de rapides caresses Et de hâtifs consentements.
Nous userions ce qui nous reste encore De rêve possible à tous deux.
Pour des plaisirs que la fièvre dévore. En des rendez-vous hasardeux.
Et le fardeau des misères passées Demain retomberait sur nous.
Si je laissais s'alanguir mes pensées Imprudentes, autour de vous