DÉLIVRANCE
Délivrance
v,^uAND je me ressouviens de nous, de ces deux ans, De nos désirs, toujours l'un à l'autre présents, De cette infatigable et jalouse tendresse, Si vaine en ses transports, si lourde en sa détresse, Qui nous faisait amants, complices, — tour à tour, Victimes et bourreaux de misère et d'amour; — Maintenant que mon cœur t'échappe et se délivre, Que l'espoir d'oublier et le charme de vivre, Brusquement, au seuil clair de la sombre prison, M'ont rajeuni d'air pur et de large horizon. Tout ce bonheur soudain m'enivre, où ne persiste Du stérile passé qu'un grand reproche triste : L'avenir se repeuple, à retrouver en moi, Libre de sa pensée et libre en son émoi,
Toute meurtrie encor, mais déjà consolée, Mon âme, si longtemps esclave et violée... Est-ce donc bien fini?... Se peut-il, cœur amer, Que toute l'eau fangeuse ait coulé vers la mer?
AVEQ 2J<
Aveu
v-> E soir, je pense a toi, sans penser a moi-même, Doucement, gravement, sans haine et sans mépris... Je ne t'en voudrai plus; mes chagrins sont guéris; Je puis aimer encore et désirer qu'on m'aime.
Je songe à notre amour, — au loin, — qui fut si doux, D'une douceur que tant d'amertume a suivie. Je songe à tout cela, qui fut toute ma vie, Comme si les amants n'avaient pas été nous.
Mon cœur a dépouillé la rancune exigeante D'un rêve trop fidèle et trop passionné : Depuis que j'ai l'orgueil de t'avoir pardonné, Ton nom n'irrite plus ma mémoire indulgente.
2X6 LE CHEMIN DE L*OUlîLI
Je te vois maintenant telle qu'au premier jour A ton premier regard j'aurais dû te connaître, Eprise des baisers que les tiens faisaient naître, De toute la gaîté légère de l'amour.
Je revois dans mes bras ta tête abandonnée, Tes yeux et ton visage épuisés de bonheur... Mais ton désir, hélas 1 n'enchaînait pas ton cœur; Tu ne promettais rien lorsque tu t'es donnée.
Après le double émoi du plaisir passager, Même à l'heure fervente où monte des caresses L'involontaire encens des naïves tendresses. Ton visage muet craignait de t'engager.
Aux soirs les plus heureux dédaignant d'être aimée, Quand tu me souriais, pâle dans tes cheveux, Ton regard, brusquement, refusait les aveux : J'ertais, dans l'ombre, autour d'une âme refermée...
Au lieu de t'en vouloir, j'admire maintenant
L'effort quotidien de cette vigilance
Qui te faisait garder, derrière ton silence,
Un cœur prudent et libre en ton corps frissonnant.