RANCUNE
Rancune
1 ouRQuoi ne t'ai-je pas aîmée, Pauvre amie au cœur imprudent, Sœur tendre et longtemps réclamée, Ht que je quitte cependant?
Nulle bouche ne m'a su dire Des mots qui me comprenaient mieux, Et nulle n'avait ton sourire Intelligent et sérieux.
Nulle à mes vœux ne fut plus douce Ni plus ardente à m'apaiser. ..
Et cependant je te repousse Sans le regret de ton baiser.
J'ai beau savoir que, dans ma vie, La quiétude et le bonheur Fidèlement t'auraient suivie, Si je t'avais donné mon cœur^
Hélas! même la gratitude Qu'imploraient tes regards soumis Laissait toujours dans ma voix rude S'irriter des mots ennemis.
Mes caresses restaient distraites, Mon cœur ne pouvait pas s'ouvrir; Tes indulgences toujours prêtes M'exaspéraient sans m'attendrir.
Et si tu penchais, toute proche, Sur moi ton visage affligé.
Je n'y voyais que le reproche De ton amour découragé.
Quand je te sentais le plus tendre, Je demeurais silencieux, Malgré moi, pour ne pas entendre Les mots devinés dans tes yeux.