‹ Poèmes d'amourChapitre 9 sur 94 · TOUT BAS · texte numérisé non relu

TOUT BAS

Tu sais trop que je t'aime. A quoi bon te le dire? Pensons bien l'un à l'autre ainsi qu'à deux absents. Il faut me pardonner mes rêves impuissants : Ma jeunesse n*a pas la force de sourire.

Laissons tous deux, vois-tu, nos âmes se pleurer, Dans le frisson craintif dont le soir nous pénètre. Songeant qu'il est plus doux et qu'il est bon peut-être De marcher côte à côte et de nous ignorer.

Après

1 ES yeux tristes et doux qui m'ont tant pardonné, Je ne les verrai plus se pencher sur ma vie. Ta lèvre a délaissé ma lèvre inassouvie, Et ton cœur s'est repris comme il s'était donné.

Tu m'as dit : « A quoi bon ? » si lointaine et si tendre Que ma main, sans révolte, a quitté tes genoux. J'ai longtemps regardé la chambre : autour de nous, Le silence était grave et semblait nous entendre.

Les meubles familiers, comme d'anciens amis, Tristement se cachaient de nous dans les coins d'ombre Par delà les rideaux je sentais la nuit sombre ; Pour le repas du soir le couvert était mis.

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