LA VIEILLE MAISON
Aux cailloux, inclinant nos têtes fatiguées... Plus tard, c'était l'automne et les vendanges gaies, Les paniers de raisins qui rentraient jusqu'au soir... Plus tard encor, c'étaient les hommes du pressoir, Q.ui chantaient, les bras nus, les mains toutes rougies, Dans l'ombre, à la lueur tremblante des bougies, Rythmant le rude effort qui faisait par à-coups Ruisseler dans la seille et mousser le vin doux... Chère vieille maison, e^ue ton âge décore, Petite chose à nous, qui rassembles encore Tous mes bonheurs d'enfance en mon cœur attendri, Que de fois, au printemps, mes regrets t'ont souri 1 Et quand, toujours plus las, je reviens chaque année, Que je te vois là-haut fidèle, abandonnée. Près du grand peuplier qui se penche sur toi. Je sens mieux brusquement comme tu tiens à moi, Comme nous nous aimons, comme un peu de ma vie. Pour toujours, même au loin, te demeure asservie, Je comprends que le monde est vide et mensonger. Et que partout ailleurs je reste un étranger Qui cherche en vain l'appui d'une sûre tendresse, Loin du coteau paisible où ta forme se dresse. Loin du pays natal où, quand le jour décroît. Le soleil, lentement, se couche sur son toit.
Soir d'Automne
1 o UT seul, depuis une heure, à ma fenêtre ouverte, Je regarde le jour s'éteindre dans l'eau verte Du fleuve, — de mon fleuve à moi, calme et puissant, Beau de tout mon pays qu'il reflète en passant. Le vent traîne un bruit doux de feuilles remuées. Le soleil rouge meurt, tout près, sur les nuées Qui montent des coteaux, comme pour l'accueillir Mollement, chaque soir, quand il va défaillir. Je regarde le ciel, les coteaux, la campagne Qui fleurit les deux bords du fleuve et l'accompagne De village en village, au loin vers l'horizon. Le jour baisse... Il fait noir déjà dans la maison, Et la lampe s'allume aux fenêtres voisines. Le long du quai, des gens reviennent des usines,