‹ Poèmes de bohêmeChapitre 39 sur 78 · LA CORDE · texte numérisé non relu

LA CORDE

Mon mignon amour, ce gentil fol si frêle En pourpoint de soie à pointes de velours Qui souriait trop naïvement pour elle, Je l'ai pendu, ô gai ! mon mignon amour.

À la corde de tes cheveux tressée

J'ai dû l'accrocher au paradis :

Sa petite âme est aux harpes bercée,

Mon cœur ne sait plus battre comme jadis.

Et ce soir enchanté de cloches sages, Quand tu es venue en robe à clochetons Comme aux images des missels moyen âge, Ce soir chanteur de cors, tontaine tonton,

Tu n'as pas vu que cette rose à ma lèvre

(Ah ! vierge folle de vertu) Tu n'as pas vu que c'était mon amour frêle

Qui te tirait sa langue de pendu.

PETER SCHLEM1HL

Le grand seigneur ôte son chapeau Aux plumes merveilleusement irisées ; — Le page noir ôta son chapeau.

Le grand seigneur envoie trois discrets baisers A madame Laure au balcon, qui regarde ; — Le beau ténébreux envoya trois baisers.

Le grand seigneur tire sa cochelimarde

Et jette sur l'herbe son manteau ; — Le page noir tira sa cochelimarde.

Et c'était Peter Schlemihl, dieu me damne ! Qui venait de pourfendre son ombre D'un coup mirobolant de sa dague, —

Si pourtant l'on peut pourfendre une ombre.

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