‹ Poèmes de bohêmeChapitre 5 sur 78 · ISABELLE · texte numérisé non relu

ISABELLE

Au verger où sifflent les sylphes d'automne Mignonne Isabelle est venue de Venise Et veut cueillir des cerises et des pommes.

Sa fine bouche est jalouse des cerises

Et vers elles ses mains s'enjolivent — comme

Botticelli mystérieux les eût mises.

Au jardin de l'enfant roi de Trébizonde

Elle est venue avec sa bouche jalouse, Avec la rose fleur de sa gorge ronde,

Au jardin où les fous sont morts tous les douze, Où les gnomes joufflus ont dansé leur ronde En jetant des pommes d'or sur la pelouse.

Au verger où sifflent les sylphes d'automne Mignonne Isabelle est venue de Venise Cueillir des cerises rouges et des pommes,

Et sa bouche saigne en la chair des cerises.

ESMÉRÉE

Trois nains entrèrent dans l'étrange tourelle Où la princesse attendait à son rouet ; La fileuse arrêta la quenouille frêle Qui se dévidait au bourdon du rouet.

C'étaient trois nains à blanches barbes carrées ; Ilsôtèrent leurs bonnets ronds de velours Et saluèrent la princesse Esmérée En s'inclinant jusqu'aux tapis de velours.

— « Je suis Myrdhinn le roi des reines jolies ; Je sais le secret merveilleux du passé ; Voulez- vous lire au vieux miroir d'Ophélie? »

— Elle regarda le miroir du passé.

— « Je suis Obéron le roi des fées rieuses ; Je bois la rosée aux roses de l'amour ; Youlez-vous boire aux coupes mystérieuses ? »

— La princesse but à la coupe d'amour.

— « Je suis Klingsor le roi des magiciennes; Je sais tous les sortilèges de demain ; Youlez-vous cueillir la tulipe ancienne ? »

— Elle prit la fleur triste des lendemains.

Les trois gnomes sortirent de la tourelle En s'inclinant vers la princesse très bas Et la fileuse reprit son fuseau frêle Pour attendre Celui qui ne viendrait pas.

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