‹ Poèmes de bohêmeChapitre 9 sur 78 · LA FILLE DU ROI · texte numérisé non relu

LA FILLE DU ROI

Dans un ancien royaume de Thulé

Mendiait un ménestrel ensorcelé

Qui savait toutes les chansons de Thulé.

Sur une vieille viole d'Ysselmonde

Il jouait les plus belles chansons du monde

Et faisait pleurer les filles d'Ysselmonde.

Un jour il rencontra la fille du roi ;

FILLES-FLEURS 3l

Elle était sur son plus riche palefroi ; Il voulut embrasser la fille du roi.

Elle portait sur son poing mignon et frêle,

Elle portait une jolie tourterelle ;

Il saisit soudain son bras mignon et frêle.

Elle voulut appeler son père au bois :

Il lui mit au cou le collier de ses doigts —

Oh ! oh ! — elle n'appela personne au bois.

Comme une morte aux douces lèvres rosées Il la posa dans les fleurs et la rosée : On entendit chanter ses lèvres rosées.

Elle chantait la plus belle des chansons ; Le ménestrel prit sa viole aux doux sons Pour moduler avec elle la chanson.

Mais lorsque la romance fut terminée Elle rendit sa pauvre âme de damnée, Quand la romance d'amour fut terminée,

Et le triste ménestrel ensorcelé Repartit dans son royaume de Thulé Jouer ses ritournelles d'ensorcelé.

Sur une vieille viole d'Ysselmonde

Il jouait les plus belles chansons du monde

Et faisait pleurer les filles d'Ysselmonde.

FILLES-FLEURS 3g

1ZEL

Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent ; La reine Izel est couchée avec son Page ; Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent.

Elle s'est prise avec son Page à songer Et les harpes ont des musiques étranges ; Il rôde une odeur de rose et d'oranger.

— « Izel, donne-moi ton corps à violer ;

Qu'on caresse les harpes et les violes ; Izel, donne-moi ton corps à violer. » —

Or la reine rêve de magique amour ;

Les mauvaises voluptés hantent son âme ;

Or la reine rêve de magique amour.

Elle donne à son beau Page l'or filé

De ses longs cheveux de fée et de ses cils ;

Elle donne ses longs cheveux d'or filé.

Mais il ne dira pas qu'il avait Izel

Et qu'Elle a donné sa bouche de cerise

Au Page vil qui voulut aimer Izel.

Car de ses longs cheveux de vieil or filé Et de ses deux mains merveilleuses, Izel L'a doucement, le pauvre Page, étranglé.

FILLES-FLEURS Al

Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent ; La reine Izel est couchée avec son Page ; Doux musiciens, frôlez les harpes d'argent.

XYII

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