LA REINE DE TRÉBIZONDE
Je suis le fou du sire de ïrébizonde ;
J'ai vu porter en terre la reine blonde ;
Toutes les fleurs ses sœurs pleuraient à la ronde.
Je l'ai vu porter par quatre papillons ; Dame la Lune la fardait d'un rayon ; Ses lèvres étaient peintes de vermillon.
Elle est morte de m'aimer la reine rose ;
Son âme était restée au cœur d'une rose ; Les ondines m'ont conté toutes ces choses.
Des elfes chantaient des airs mystérieux.
— Dites-moi, dites-moi donc les fossoyeux Qu'avez-vous fait de la reine aux si doux yeux ?
Je suis le fou du sire de Trébizonde ; Elle est morte de m'aimer la reine blonde Et je vais cherchant son âme par le monde.
Son âme est demeurée au cœur d'une fleur ; Toutes ses sœurs, toutes les fleurs sont en pleurs Voici ce que m'ont dit les ondins frôleurs.
— « Quand tu pourras dénouer les trois licornes, Quand les turlupins t'auront donné leurs cornes, Quand tu sauras jouer des cent cors de corne
» Et lancer ta marotte de baladin
A la lune, tu trouveras le jardin
Où fleurit la rose reine des ondins. » —
Je suis le fou du sire de ïrébizonde ; Elle est morte de m'aimer la reine blonde Et je vais cherchant son âme par le monde.