LA COURSE
Comme vous galopez, coursier aveugle, ô Temps ! La fleur, à peine ouverte, est sous vos pas fauchée, Et des plus beaux espoirs la funèbre jonchée Borde la route où vont vos pieds impatients;
Les désirs ingénus et les corps palpitants Sont broyés sans répit par votre chevauchée, Le sanglot, l'anathème, et la plainte arrachée, Rythment le choc de vos sabots indifférents.
Mais je suis de vos jeux les fatidiques courbes Sereiiiemeiit, laissant à d'autres de chauter L'Espérauce, la fluide fée aux yeux fourbes;
Car vous donnez, seul pitoyable au coeur qui souffre,
La morne, l'obsédante et sombre volupté
D'aller toujours plus vite en approchant du gouffre.