‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 26 sur 64 · CHANSON DE CRIMEE · texte numérisé non relu

CHANSON DE CRIMEE

Printemps, blond hetnian des saisons, malgré tes roses horizons, l'encens roux de tes floraisons et la moite tiédeur des plaines, ma pauvre âme de peine est pleine . . .

■Fai vu passer ma hien-aimée auprès d'un marchand de Crimée.

Les couchants languiront là-bas, au ciel crépusculaire et tendre. Le blanc gel des lacs va s'épandre en nappes d'or et de lilas. Mon lâche cœur est las d'attendre . . .

J'ai vu danser ma hien-aimée auprès d'un marchand de Crimée.

Le brouillard mauve des matins et la rosée, humides voiles, en baignant les champs de jasmins y feront naître des étoiles. J'aurai des astres plein les mains ...

J'ai vu partir ma bien-aimée avec un marchand de Crimée.

Du sol, victorieusement, en de folles exubérances, jailliront Forge et le froment comme mille flexibles lances. Mais oublierai-je mon tourment?

J'ai vu pleurer ma bien-aimée, rire le marchand de Crimée.

Et les menthes, et la fougère, et le ruisseau brodé d'iris . . . Mais en serez-vous plus légère, devant tous ces chemins fleuris, ô ma chimère, et moins amère?

J'ai vu coucher ma bien-aimée dans un cimetière de Crimée.

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