CHANSON DE CRIMEE
Printemps, blond hetnian des saisons, malgré tes roses horizons, l'encens roux de tes floraisons et la moite tiédeur des plaines, ma pauvre âme de peine est pleine . . .
■Fai vu passer ma hien-aimée auprès d'un marchand de Crimée.
Les couchants languiront là-bas, au ciel crépusculaire et tendre. Le blanc gel des lacs va s'épandre en nappes d'or et de lilas. Mon lâche cœur est las d'attendre . . .
J'ai vu danser ma hien-aimée auprès d'un marchand de Crimée.
Le brouillard mauve des matins et la rosée, humides voiles, en baignant les champs de jasmins y feront naître des étoiles. J'aurai des astres plein les mains ...
J'ai vu partir ma bien-aimée avec un marchand de Crimée.
Du sol, victorieusement, en de folles exubérances, jailliront Forge et le froment comme mille flexibles lances. Mais oublierai-je mon tourment?
J'ai vu pleurer ma bien-aimée, rire le marchand de Crimée.
Et les menthes, et la fougère, et le ruisseau brodé d'iris . . . Mais en serez-vous plus légère, devant tous ces chemins fleuris, ô ma chimère, et moins amère?
J'ai vu coucher ma bien-aimée dans un cimetière de Crimée.