‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 27 sur 64 · LE TRIPLE HOMMAGE · texte numérisé non relu

LE TRIPLE HOMMAGE

Prélude

Ce qu'il faut pour être une solennelle croûte Par le Destin fut à chacun de nous donné; Mais vous avez su prendre une plus claire route, Marcel, Guy, Kené.

Pourchasseurs jamais las d'étoiles et de flamme, Vous êtes, tour à tour, Ghil, Verlaine ou Péguy; Moi, j'ai fait d'une toge un noir éteignoir d'âme, René, Marcel, Guy.

Ne riez pas. Pendant que votre barque joue Sur le miroir divin d'un beau rêve éternel, Voyez : Je suis celui qui saigne sur la proue... Guy, Kené, Marcel,

ii8 POEMES DE CENDRE ET D'OR

à Marcel Dugas

D'abord à toi, myrionyme et somptueux, J'inscris le premier pan de cette triple fresque, A toi, qui n'as pas ri de mon âme mauresque, Quand je croyais sans périls d'être fastueux . . .

Ah, que de liens nous lient, mon pauvre vieux. De l'écureuil, des jours Barbey-d'Aurevillesques, A nos beaux pèlerinages funambulesques Vers Suresnes, idoine aux jeux de jeunes dieux!

Hélas, nous qui rêvions d'ingurgiter, tout cuit, Un plat quotidien de lauriers et de roses, Le destin nous a réservé bien d'autres choses :

Beaucoup d'épines, pas de fleurs, très peu de fruit. Tu es cavalcadour, quand tu mérites d'être Czar de mille haras, non celui qui fait paître . . .

Et moi, je traduis, à tant la ligne, la nuit .

à Guy Delahaye

Et toi, cher rêveur des nuits cubaines, De ce tripsle hommage, prends ta part, Nous avons partagé tant de peines,

D'hôpitaux, d'océans, de départs, De rires, de larmes et de haines . . .

C'est être un peu mieux que frères, nous !

Mais malgré l'insidieux remous Nous rivant à des rives lointaines.

Il y a l'Idéal, contre tous.

à René Chopin

Et non le moindre, à toi, de nom prédestiné, Amant des nénuphars et de la source glauque, Du crépuscule oîi pleure la rainette rauque.

Doux rêveur, avec maint réveil tumultuaire, Prométhée aimable, distrait bien qu'enchaîné, J'adresse mon hommaj^e, ô troisième frère!

Jours dairs où nous rêvions d'Ionies et de Thraces, Que de beaux souvenirs nous avons en commun ! 0 bar où le bock blond coudoyait le bock brun Pendant que nous lisions Pléiades et Pâmasses . . .

Ploutos veut que mes vers, en proprettes liasses. Momies aux bandelettes sans nard ni benjoin, Dorment. A toi, centuples laudes d'être loin. Si loin des tabellionesques paperasses !

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