‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 31 sur 64 · UNE CHANSON DE CH'ANG-KAN · texte numérisé non relu

UNE CHANSON DE CH'ANG-KAN

Mes cheveux tombaient encor sur mon cou.

Je cueillais du sumac devant ma porte ouverte

quand tu vins, sur un cheval de bambou,

caracolant, et me jetas des prunes vertes,

ô mon petit amant !

C'^était, tu sais, dans une ruelle de Ch'ang-kan ,

A quatorze sDg. je devin» U femme

et, quoique bien heureuse

dans mon âme,

j'étais encore timide et peureuse.

Mais, à quinze ans, Je compris que l'amour

•survit à l'humaine poussière ;

tu étais ila Prison, la Tour . . .

Moi, j'étais la joyeuse, soumise prisonnière.

J'avais seize ans quand tu partis

pour un Yoy&ge aux Gorges de Ch'u-t'ang.

Vint la Cinquième Lune, je portais du riz,

chaque jour, aux dieux de la montagne,

et des nénuphars tressés en couronnes . . .

et je cherchais la trace de tes pas

sur la mousse et sous les feuilles de l'automi

Et maintenant que tu ne reviens pas et que c'est la Huitième Lune, et que les libellules vont, deux par deux, saphir et flamme sur l'eau brune . . .

je ns crois plus aux dieux.

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