UNE CHANSON DE CH'ANG-KAN
Mes cheveux tombaient encor sur mon cou.
Je cueillais du sumac devant ma porte ouverte
quand tu vins, sur un cheval de bambou,
caracolant, et me jetas des prunes vertes,
ô mon petit amant !
C'^était, tu sais, dans une ruelle de Ch'ang-kan ,
A quatorze sDg. je devin» U femme
et, quoique bien heureuse
dans mon âme,
j'étais encore timide et peureuse.
Mais, à quinze ans, Je compris que l'amour
•survit à l'humaine poussière ;
tu étais ila Prison, la Tour . . .
Moi, j'étais la joyeuse, soumise prisonnière.
J'avais seize ans quand tu partis
pour un Yoy&ge aux Gorges de Ch'u-t'ang.
Vint la Cinquième Lune, je portais du riz,
chaque jour, aux dieux de la montagne,
et des nénuphars tressés en couronnes . . .
et je cherchais la trace de tes pas
sur la mousse et sous les feuilles de l'automi
Et maintenant que tu ne reviens pas et que c'est la Huitième Lune, et que les libellules vont, deux par deux, saphir et flamme sur l'eau brune . . .
je ns crois plus aux dieux.