PETITE SUITE AMOUREUSE
Si d'un émoi profond, magnifique, et joyeux, Mon cœur bat à se rompre, et si tous mes poèmes Se rythment à son choc, c'est que j'ai vu tes yeux Candides, tes chers yeux, avouer que tu m'aimes. 0 tes beaux yeux d'enfant, clairs et purs, donne-moi Le miroir étoile de leur jeunesse calme . . . Tu es belle comme ces éphèbes qu'on voit. Blonds et saus sexe, avec, à la main, une palme Ou bien un tympanon doré, dans les missels Précieux qu'enlumina le Frère Angélique;
L„ lu as II' my^iôre de ces jouvencels Graves et souriants, que, pour la basilique De Pise, Gozzoli dessinait en rêvant . . ,
Et si mon esprit, las de la ronde charnelle Et qui sait de TAmour le masque décevant, Eessent une douceur attendrie et nouvelle En évoquant ton nom, ta voix, et ton parfum. C'est qu'hier, en foulant dans le lent crépuscule Les feuilles d'or, linceul du bel Eté défunt. Toi, rêveuse et timide, et moi, presque incrédule D'un si brusque bonheur, nous avons échangé Le vœu de partager et la Joie et la peine . . .
Alors, silencieux, frémissant, ivre, j'ai
Baisé la frêle main qui désormais est mienne ;
Ah, le divin retour, par le bois amical,
Quand dans ma chaude main la tienne s'est glissée!
Mais si, d'un grand frisson farouche et triomphal,
Mon corps tout entier tremble à la seule pensée
De tes lourds cheveux d'or, de ton corps enfantin;
Si j'aspire, étourdi d'une angoisse divine,
Le parfum de ta main qui persiste en ma main
Et l'odeur de la fleur qui toucha ta poitrine;
Malgré l'âpre labeur, l'exil, et le chagrin,
Si chaque heure est pour moi radieuse et subtile ;
Si je vais, orgueilleux parmi ia foule hogtile,
Plui heureux, plus léger., plus fier qu'un dieu païen . *
C'est que je sais qu'un jour, prochain et merveilleux, — En mourrai-je ? — je sentirai, tendre et docile, Ton jeune corps frémir dans mes bras amoureux.