‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 40 sur 64 · HOMMAGE · texte numérisé non relu

HOMMAGE

Les fleurs doivent subir l'étrange et lent tourment De se faner dans quelque livre,

C'est entre deux poèmes que, secrètement, Leur frêle âme s'obstine à vivre;

Car il sied que la fleur, ce poème mortel Dont chaque strophe est un pétale,

Trouve dans de be^ux vers son linceul éternel Et sa tombe sentimentale.

Ainsi, pour que sa mort soit douce, et qu'un peu d'art L'enveloppe encor, et la charme,

J'ai mis dans les fe^iillets des Amours de Eonsard Une violette de Parme.

Et si j'ai consacré cet amoureux tombeau A sa légère et fine cendre,

Si j'ai mêlé sou culte au souvenir si beau

Que j'ai d'Hélène et de Cassandre,

Si ses pétales frais, déployés un à un, Meurent entre deux pages closes

D'où monte à chaque ligne un noble et pur parfum De lauriers, de femmes, de roses,

Ce n'est pas à la fleur, mais à vous, que je rends

Ce tendre et puéril hommage.

Puisque d^un doigt pieux^ entre les feuillets blancs,

J'eafenne voir© chère image î

Et puisqu'il me faudra, malgré moi-même, unir

Cette violette fanée Au lointain, au cruel et rare souvenir

De celle qui me l'a donnée.

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