HOMMAGE
Les fleurs doivent subir l'étrange et lent tourment De se faner dans quelque livre,
C'est entre deux poèmes que, secrètement, Leur frêle âme s'obstine à vivre;
Car il sied que la fleur, ce poème mortel Dont chaque strophe est un pétale,
Trouve dans de be^ux vers son linceul éternel Et sa tombe sentimentale.
Ainsi, pour que sa mort soit douce, et qu'un peu d'art L'enveloppe encor, et la charme,
J'ai mis dans les fe^iillets des Amours de Eonsard Une violette de Parme.
Et si j'ai consacré cet amoureux tombeau A sa légère et fine cendre,
Si j'ai mêlé sou culte au souvenir si beau
Que j'ai d'Hélène et de Cassandre,
Si ses pétales frais, déployés un à un, Meurent entre deux pages closes
D'où monte à chaque ligne un noble et pur parfum De lauriers, de femmes, de roses,
Ce n'est pas à la fleur, mais à vous, que je rends
Ce tendre et puéril hommage.
Puisque d^un doigt pieux^ entre les feuillets blancs,
J'eafenne voir© chère image î
Et puisqu'il me faudra, malgré moi-même, unir
Cette violette fanée Au lointain, au cruel et rare souvenir
De celle qui me l'a donnée.