‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 5 sur 64 · LEÇON · texte numérisé non relu

LEÇON

Etre heureux de son sort, et franc, et charitable. Je pense, mon enfant, que le bonheur est là ; Le ciel oriental, la plus subtile fable. Le frisson amoureux . . . qu'est-ce que tout cela ?

Crois-moi, qui gaspillai mes premières années, L'aurore la plus rose est proche de la nuit; Des souvenirs, mornes comme des fleurs fanées. Sont tout ce qui me reste, et le mortel ennui.

D'abord, ne quitte pas la ville où tu es née, Quoiqu'il t'en semble, il n'est de refuge plus beau Car le fiévreux vouloir d'une Ile fortunée N'est jamais satisfait et nous suit au tombeau.

Puis, aux heures de spleen, de dégoût, de souffrance, Fuis les li\Tes. Ce sont de mauvais conseillers. Il ne reste que fiel et que désespérance De leurs récits trop doux, charmeurs et mensongers.

Mais surtout, mon enfant, sois sourde au "Je vous aime" De tous ces hommes qui te crieront leur désir. Ferme ton cœur, s'il te fallait en mourir même, Car c'est l'amour, vois-tu, qui fait le plus souffrir.

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