‹ Poèmes de cendre et d'orChapitre 6 sur 64 · LA PLAINTE DE DON JUAN · texte numérisé non relu

LA PLAINTE DE DON JUAN

Brasier du men-eilleux péché Qui ne flambes que pour t'éteindre, But qu'on ne peut jamais atteindre Et qu'il faut sans cesse chercher . . .

Ah, cette pitoyable chasse, Selon l'âge et la déraison, Vers l'éternelle Robe où l'on Puisse enfouir sa tête lasse;

Pèlerinage aux jardins clos Vers les Béatrix bienheureuses Ou les Ninons, vierges ou gueuses, Fruits d'émoi, grappes de sanglots:

Mélancolique affût aux Dames, — Avec ou sans camélias, — La longue année où l'on pria, La brève nuit où l'on se damne ;

0 lâche, lâche passion Qui coûtes trop d'ardentes larmes.

Où trouver les splendides armes Dont mourra ma sujétion ?

Jailouse blessure, qu'on aime — Pâle écolier, adolescent.

Homme dur, vieillard frémissant Pour sou obscure douleur même.

Te cicatrises-tu Jamais?

Peut-être, un jour, bouffon farouche, Trouverai-je la fraîche bouche Qui résoudra l'énigme ? . . . Mais,

Quel grimoire dément, quel livre Nous dicta cette folle loi Que l'on ne peut vivre sans toi.

Amour, amour, qu'on ne peut vivre?

GINTY

Ginty, ma grave amie au créole profil,

Vous avez un nom bien amusant, un nom rare

Et délicat, joyeux et preste, un nom subtil

Et qui vibre comme une corde de guitare.

Et qui danse, Ginty, pendant les nuits d'été,

Comme une vive séguedille sévillane.

Ou comme un chant fiévreux, frénétique, heurté.

Sous les folles étoiles de la Louisiane . . .

0 bizarre antithèse entre vous et ce nom ! Vous devriez vous appeler Marthe, ou Sophie, Vous qui, sans cesse, vos doigts blancs à votre front, Lisez de si lourds bouquins de philosophie ;

Mais peut-être, Ginty, rêvez-vous du frisson Que ne sait pas encor votre bouche enfantine, Quand je vous vois, sourcils froncés, lire Bergson Dans la bibliothèque, en manches de lustrine . . .

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