FLAMME
L'Aube m'a dit : Je suis F Améthyste éternelle. Ami, saus moi la mer, et la terre, et les cieux, Ne seraient, — car c'est moi qui fais la Xuit si belle, — Qu'un abîme espérant le sourire des Dieux. Sans moi, tu n'aurais pas la couleur et les ombres, Le feuillage pourpré, l'air parfumé de miel; Tout dormirait, silencieux, dans les bras sombres De l'inerte démon du gel.
Mais je viens, lente et claire, et mon âme légère Prodigue au firmament, aux monts, aux flots marins, — 0 Beauté ! — la fluide et la chaude lumière. Et la douceur du jour palpite dans mes mains. Je viens, et le nocturne azur, émerveillé, se dore. Et frémit de sentir mes doigts magiciens Entr'ouvrir cette fleur adorable, l'aurore, Et ces calices, les jardins.
Je suis celle qui fit s'épanouir le monde Au sein du tourbillon planétaire et sans loi ; Je suis l'apaisement de la terre et de l'onde, L'initial frisson et le premier émoi . . . Je suis le blanc réveil après la nuit de fièvre, Et quand, sur l'horizon matinal, j'ai penché Mon visage de nacre et l'ardeur de ma lèvre, J'étoile les yeux de Psyché.
Je suis l'Ange, la Fée, et l'Eve inassouvie, L'astre, le nimbe, et l'auréole, et le rayon; Je suis le feu, je suis l'amour, je suis la vie. L'arche d'or oiî pâlit la constellation. 0 Poète, j'étais avant toutes les choses. Ardente et calme, au sein d'un royaiune irréel. Plus pure que la neige, et la vierge, et les roses . Car je suis le Eêve éternel.
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