HARMONIE POUR UN SOIR GREC
Heure pourpre où fleurit un blanc vol de mouettes. Et toi dont je rêvais quand je lisais Byron, Parfumé de laurier, de miel, de violettes, Yent de Missolonghi qui promets à mon front La fraîcheur des nuits violettes.
Vous ayant désirés si fortement, avec Toute la fièvre de ma chaude adolescence, Dans l'odeur, sensuelle et vive, du varech, Ce soir, je vous possède enfin, brève puissance Du noble crépuscule grec !
Comme un lierre, Itiès embrasse les collines Parmi les oliviers au feuillage changeant; Des tartanes et des felouques levantines Heurtent au môle, ourlé de coquilles d'argent, Leurs flancs trop lourds d'herbes marines.
Au loin, sur les monts roux, encore soleilleux, La tour d'une forteresse vénitienne, Sépulcre triomphal d'un doge audacieux, Clame inlassablement sa puissance ancienne A l'impassible azur des cieux;
Miroitant à mes pieds, la mer Ionienne (Telle, aux jours fabuleux de l'intrépide Argo, Sa voix berçait les pleurs d'Andromaque et d'Hélène. . .) Scande de ses flots bleus les rythmes inégaux D'une éternelle ode païenne.
Du rivage sonore et d'écume argenté Jusqu'à l'horizon rose, où fuit la voile oblique, Monte traîtreusement du sein d'Aphrodite Le frisson précurseur, ardent, et magnifique. De la nocturne volupté;
Et sur la grève, assis autour d'un feu de joie, Graves et contemplant les étincelles d'or. Des pêcheurs, aux profils cruels d'oiseaux de proie, Chantent l'Amour, la Guerre, et la Gloire, et la Mort, Comme aux jours illustres de Troie.
Patraa, Péloponèse, 1913.