EXIL
kA Frédéric T{égaiuey.
AU pied de mon lit, resplendit la lune.
Serait-ce Thiver? A-t-il gelé blanc?
N'est-ce pas plutôt l'amandier tremblant Dont neigent les fleurs sur la terre brune?
Je lève la têie, et sous le treillis
Je contemple un peu la lune en l'espace j
Je baisse la tête, et, la tète basse,
Je. rêve longtemps à mon cher pays.
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lo8 POÈMES DE CHINE
^ ^Adolphe T(acot.
L'écume bat les rocs stériles, Dans les pins mugit un grand vent; Les rats gris, sous les vieilles tuiles, Se sauvent en m'apercevant.
Quel grand roi, quel vainqueur antique, Vint, au pied de ce mont pelé.
Bâtir ce palais fantastique,.
Depuis vingt siècles écroulé >
Des spectres, faits de lueurs pâles, Hantent ces lieux toute la nuit; Vn bruit de soupirs et de râles Y flotte sur le vent qui fuit.
— il avait des femmes divines, L'antique roi! Malgré leurs fards, Toutes ne sont plus, ô ruines.
Qu'un amas d'ossements blafards I
Quelle escorte brillante et fîère Accompagnait son char doré!
Une tombe, un cheval de pierre.
Restent seuls au prince adoré.
Je m'assieds parmi Therbe épaisse, Et je veux chanter mes douleurs; Mais, hélas 1 telle est ma tristesse, Qu'il ne me vient plus que des pleurs.
C4 CHEVa4L!
^ Tancrèdc VvCartel.
'h I sur la frontière!...
L'homme né là-bas et là-bas grandi N*ouvre pas un livre en sa vie entière; Mais quel franc buveur, quel chasseur hardi I
A Tautomne, il part, sans peur, sans encombre. 11 prend dans les prés son léger cheval; 11 court, il galope, il ne fait plus d'ombre. Quels élans, quels bonds! quel air triomphal 1
AUTOMNE Ml
Son fouet siffle, claque et cingle la neige, S'il ne sonne pas dans Tétui nacré.
On dirait un roi qui va sans cortège; Son faucon le suit et vole à son gré.
De ce cavalier qu'un lettré diffère!
Courbé comme on Test sous un lourd fardeau, Un lettré blanchit (hélas! pourquoi faire?) Derrière un rideau.
LE C0\éM0%ç4:N:
xA "R^uî Giiiesie.
SOLITAIRE, immobile, un cormoran d'automne Médite au bord du fleuve et suit, de son oeil rond, La fuite de Teau monotone, La fuite du flot souple et prompt.
Parfois un homme vient, qui passe ou qui s'arrête; Le cormoran alors s'éloigne lentement.
S'éloigne en balançant la tête,
Et disparaît pour un moment.
Mais derrière un buisson qu'un pâle rayon dore,
II guette le départ de cet indifférent, Car il aspire à voir encore L'eau monotone du courant.
Lorsque luit sur les flots la lune au doux mystère, Le cormoran, devant ce paisible tableau, Grave, immobile, solitaire, Médite et rêve, un pied dans Peau.
Ainsi médite, loin de la foule insensée.
Un amour dédaigneux des brèves passions :
Toujours de la même pensée
Il suit les ondulations.
r 14 POÈMES DE CHINE
Lc4 CH24t7^SOt7^ VU FLEUVE "JfAUV^E
kA Coquelin Cadet
LE Fleuve Jaune, le grand Fleuve, Descend des célestes sommets Et roule à la mer, sans jamais Remonter aux bords qu'il abreuve.
— Seigneur, évitez les miroirs En votre royale demeure !
Car vous y verriez à toute heure C^e vos cheveux ne sont plus noirs»
AUTOMNE IIÇ"
Hier votre tête était brune, Sur votre tête il a neigé ; Mais le bon vin n'a pas changé, Buvons donc au clair de la lune!
L'un cherche ici-bas les amours, A l'autre la richesse est chère; Au troisième il faut bonne chère, Flûtes, clochettes et tambours.
Moi, Seigneur, je n'ai d'autre envie Que de m'enivrer, mais si bien.
Mais si profondément, que rien Ne me dégrise de ma vie.
Il6 POÈMCSDECHINE
K,4 ^Alfred Lansou,
L'hiver pesant rend Teau plus dure que la pierre; Mais aux premiers rayons de Taube printanière, L*eau frémit, se dilate, et jaillit sous les cieux, En bonds légers et fiers, en beaux élans joyeux. — Lorsqu*enfin reviendra la saison qui délivre, Moi dont le cœur glacé voudrait aussi revivre, J'irai sur la colline; et le soleil vainqueur Fondra peut-être alors les glaçons de mon cœur.
G-P^^^Sr^
LE Via^ DE Vc4VlEU
%A %Andrè Lcmovne.
JE fis halte et mis pied à terre, Pour offrir le vin de Fadieu Au voyageur qui, solitaire, Devait me quitter en ce lieu.
Je lui dis : « — Ma peine est profonde.
Pourquoi partir? Pourquoi l'exil?
— Dans les affaires de ce monde Je n'ai pas réussi! » dit-il.
Il8 POEMES DE CHINE
Il ajouta : « — Je m'en retourne Aux monts Nan-Chan; leurs vallons verts Vous versent, dès qu'on y séjourne, L'oubli profond des maux soufferts.
A quoi bon chercher aventure Hors des cercles originels?
L'immuable étreint la nature, Les nuages sont éternels.»
Lc4 TISSEUSE CÉLESTE*
xA Léon Cladel.
AU bord du lac Koucn-Ming, une blanche statue Porte ton nom sacré depuis plus de mille ans, O Tisseuse céleste, étoile aux rayons blancs Par l'Empereur d'en haut dans la nuit suspendue I
Depuis plus de miile ans Teau berce sa beauté, Loin du bruit, loin des voix de la ville importune ; Ses sourcils font songer au croissant de la lune, Son front haut semble un mont par les flots reflété.
* L'étoile Wéga de la Lyre.
Pareil au nénuphar, son visage à toute heure Est doux, calme, et Ton voit s'y poser les oiseaux; Immobile, devant le pur miroir des eaux, Elle laisse passer les siècles — et demeure.
%EtNiOtNiCEéME^T
%A Zèiton-Fière.
EN isolant son corps du monde, On en détache son esprit*, Dans ma solitude profonde, La fleur sainte s'ouvre et fleurit.
Je n'entends plus rien. Je contemple.
Le firmament luit comme un temple.
L'espace, le temps ! sais-je èncor Ce que ces mors creux veulent dire > De ma manche qui se déchire, J'ai laissé tomber tout mon or.
Admirant mon indifférence
Pour Tor semé sur le chemin,
Avec une avide espérance,
Des femmes m'ont pris par la main.
Mais mon désir franchit les nues :
Salut, extases inconnues !
Adieu, plaisirs vains et grossiers!
Vers la félicité suprême
Je monte, et je ne vois plus même
La neige vierge des glaciers.
Cette vie est une imposture
Et n'a plus rien qui me soit cher; .
Fais ce que tu voudras, nature.
De mon aveugle et faible chair !
Quand donc, d'un bond, pourrai-je atteindre
Le rêve que je veux étreindre.
Le rêve éternellement pur?
Quand donc, mon corps tombant en poudre,
Sentirai-je enfin se dissoudre
Mon être d'ombre en libre azur?
VE^RJ HÊ%OÏQJJES
Lc4 CHcA^SOU^ VU Tc4rSc4;^