‹ Poèmes de ChineChapitre 17 sur 25 · QUET^ELLE · texte numérisé non relu

QUET^ELLE

kA Georges Courtdine.

EST-CE bien toi, beau jeune honnme> Te voilà donc de retour!

Dis-moi de quel nom se nomme Ton nouvel astre d^amour.

Tandis que, seule, inquiète, Je t'attendais hier soir, Vous étiez tous deux en fête.

Son nom? je veux le savoir.

Réponds I de quel parfum rare Vos cœurs étaient-ils grisés > Quels doux accords de guitare Accompagnaient vos baisers >

Du crépuscule à Taurore, Guettant le bruit de tes pas, J'ai veillé, je le déplore, Pour toi qui ne venais pas.

Pendant la première veille, J'avais encor bon espoir; Je tendais toujours l'oreille, Au fond du silence noir.

A la seconde, ô démence!

Je t'appelle dans la nuit.

Mais la troisième commence; Et je pleure, et le temps fuit.

Déjà vient la quatrième.

Personnel... Ohl je suis alors Dans une colère extrême.

Puis, de dépit, je m'endors.

Maintenant ma vie est pleine De regrets et de douleurs; Je dois être très vilaine, J'ai répandu tant de pleurs!

Je t'aimais, je te déteste.

Tiens ! j'ai jeté mon miroir.

Va-t-enl... Tu pars déjà?... Reste!... Pourquoi venais-tu me voir >

94 roi: M ES DE CHINE

Lq4 CHcAU^SOU^ vu CHo4G\IP^

^ Taul "Bourget

L'hôte a du vin; pourtant ne buvez pas encore. Attendez, pour vous mettre en train, Qu'on ait, d'un cœur vaillant et d'une voix sonore. Chanté la Chanson du Chagrin.

— Quand le chagrin viendra, je cesserai peut-être De rire, et même de chanter;

Mais nul n'en connaîtra, nul n'en pourra connaître, Rien dont il se puisse attrister.

Vous avez de bon vin, seigneur; moi, je possède Un luth de trois pieds, luth divin!

Le bon vin nous enivre, et le luth vient en aide A la douce ivresse du vin.

Le ciel est éternel, et, je le conjecture,

La terre doit durer longtemps; Le jade et Tor sont beaux! — Mais qui donc, ô nature.

Peut en jouir plus de cent ans >

Vivre une fois, mourir! Tout le reste est chimère;

Cela seul, hélas! est certain :

On naît, on vit; la vie est douce, elle est amère;

Et puis on meurt, c'est le destin.

Entendez-vous, là-bas, dans cette ombre où ne flotte Nul reflet de nos gais flambeaux,

Le singe qui, tout seul, sous la lune sanglote, Accroupi parmi les tombeaux >

IVlaintenant versez-moi le vin ! ma voix est lasse,

Ma voix bientôt vous lasserait; Avec moi, que chacun fasse remplir sa tasse.

Que chacun la vide d'un trait !

xA Jacques ïhCadeleine

SUR ma couverture rose Mes larmes coulent sans fin.

Je ne puis faire autre chose Que pleurer. Je pleure en vain.

Vous me quittez. O détresse, Entre nous tout va finir 1 Pour vous, notre sainte ivresse N'est plus même un souvenir.

Écartez un peu les voiles De ce miroir enchanté; Comme en un puits plein d'étoiles, On y voit la vérité.

Toute tendresse est jalouse :

Vous saurez par ce miroir Si votre nouvelle épouse Est fidèle à son devoir.

Moi, je pars. Qu'elle vous aime Autant que je vous aimais 1 Adieu ! C'est mon vœu suprême; Je ne reviendrai jamais.

Quand la tasse est renversée, L'eau se répand sans retour; L'àme, lorsqu'elle est brisée, Ne peut plus s'emplir d'amour.

Loi CHc4U^S0V^ VES %&léMES

tA %Âlnm T(puch.

E veux chanter — ha! — rautomne que j'aime; Que les rameurs — ha I — scandent mon poème 1 Voici fleurir — haï — Tor du chrysanthème; Triste douceur — ha! ^-c'est l'adieu suprême.

Le plus beau jour — ha I — s'éteint dans la nuit: Comme un éclair — haï — la volupté fuit; Que fait le ciel — ha ! — du bonheur détruit?

Les flots s'en vont — ha I — doux comme des femmes : Ainsi finit — haï — la Chanson des Rames.

AUTOMNE çg

Lc4 CHoAU^SOïNi VU T{ÉVE

C'est toujours à toi que je rêve!

Vers toi, vers ton charme lointain, Mon cœur vole, dès que se lève La lune aux blancheurs de satin.

Entre nous, les Montagnes Bleues Dressent jusqu'au ciel leurs sommets; Nous sommes à plus de cent lieuesl Nous reirouverons-nous jamais?

lOO POÈMES DE CHINE

Cependant, du haut de l'espace, Sur nous la même lune luir, Er la chanson du vent qui passe Nous berce tous deux dans la nuit.

Le vent souffle, la feuille tremble -, Moi, je pense, cœur douloureux, Au temps où nous étions ensemble, Au temps où nous étions heureux.

LE Tipi VE TE^G

ty4 Frédéric ^onlargis.

PRÈS du grand fleuve, où sont les îles de verdure, Jadis le roi de Teng possédait un trésor.

Un palais d*une riche et fine architecture; Et le jade joyeux dansait à sa ceinture, Et sur son char tintaient mille clochettes d'or.

Dès longtemps s'est éteint le bruit clair des clochettes;

La joie a fui ces lieux et n'y prend plus l'essor.

Le palais est désert : sur ses portes muettes

Les scores en lambeaux pendent, mornes squelettes;

Seuls, la pluie et le vent y pénètrent encor.

Lentement appareille un paresseux nuage, Que reflètent les flots dans leur fuyant miroir. Tout passe I et rien ne peut s'arrêter au passage; Et dans le ciel immense où luit son blanc sillage, L'astre le plus brillant trouve un sépulcre noir.

Que de fois Tàcre automne, avec ses pleurs de veuve, A rempli ces vieux murs d'un long bruit de sanglots! Où donc est le beau prince à la ceinture neuve. Qui jadis, comme nous, regardait ce grand fleuve Vers le même horizon roulant toujours ses flots?

CHc4U^S€D^ "DE V q4SM0 U\ T'ELIS TE

kA ^jichille Caron.

QUAND celle que j'aime, hélas! vint au monde, On apporta vite une boîte en fer Où Ton enferma, cruauté profonde! Les petits pieds nus de l'être si cher.

Et la toute belle Ne peut un seul jour Courir où l'appelle Mon amour.

Quand celle q\i2 j'aime, hélasl vint au monde On apporta vite une boîte en fer Où l'on enferma, cruauté profonde !

Le boa petit cœur de l'être si cher.

Et la toute belle

Jusqu'au dernier jour

Restera rebelle A l'amour.

AUTOMNE lOf

%A Maurice Talmeyr,

LE soir, lorsque le vent d'automne Siffle en dépouillant les bambous, Au jour pâle qui l'abandonne, . Son livre lui semble plus doux.

Quand sa fenêtre s'emplit d'ombre, 11 détourne à peine les yeux Et cherche une place moins sombre Vers un autre côté des cieux.

lOfi POÈMES DE CHINE

Bientôt il poursuit son étude, Seul, en plein air, à travers champs, Peuplant l'ombre et la solitude De beaux rêves, purs et touchants.

— Mais de quoi vit ce jeune sage?

Vous diront les gens étonnés.

— Il va couper du blé sauvage Dans les terrains abandonnés.

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