PRÉFACE
Mon cher Blémont,
]ly a eu erreur S adresse! La plume vous aura fourché, écrivant Taul au lieu de Jules; et y puisqu'il S'agit de Tréface, cest certainement a mon frère et non pas à moi, cest à t auteur compétent de La Chine familière, que vous aviei t intention de demander quelques lignes pour annoncer un recueil de poèmes imités du chinois.
En effet y nul mieux que lui, parmi nos amis^ n aurait pu dire par quel miracle de patience et S ingéniosité vous ave\y sans que t arôme s en évaporât y transvasé dans le. cristal de la strophe française cette pure essence orientale <{un exotisme si volatil; nul — cest bien le moins qu entre mandarins improvisés on abuse de la métaphore — nul mieux que lui n aurait pu dresser au seuil de votre livre un de ces petits arcs plus hospitaliers que triomphaux, sculptés modérément, mais ornés d'antiques et savantes devises, qui accueillent le visiteur à t entrée du jardin minuscule et artificiel, oit les lettrés du Céleste-Empire se réunissent pour se dire des vers et s'offrir des tasses de thé.
éMais après avoir été chinois treize ans, quatre ans tunisien, voici que ses destins consulaires ont rendu mon frère andalous. oAlgésiras est loin, très loin, là bas, en face du éMaroc, pardelà les colonnes d'Hercule. Une lettre mettrait longtemps à aller, longtemps à revenir; et ici, rue des Grands-oiugustins , les bons imprimeurs s impatientent. J'écrirai donc les quelques lignes, puisqu'il le faut; et tant pis si les sottises que Je vais dire font se dresser sur son crâne rasé, toute droite, la mèche de Si-Tien-Li.
Et d'abord, que Je vous félicite d'avoir songé à ces