PRÉFACE V
pauvres Chinois! Un moment^ vous le save^y le Chinois fut à la mode. Théophile Gautier, Louis Touilhet, s'éprirent un Jour de la Vénus aux yeux bridés y aux ongles roses y dont les petits pieds paresseux trébuchent dans les plis du satin roidipar des monstres en or; et les chimériques pays qu arrose le Fleuve Jaune y avec leurs pavillons sur teau, leurs bateaux de fleurs illuminés, retentissant de frêles musiques, et leurs tours de porcelaine dont la silhouette bi\arre se dresse sur un ciel uni, traversé de vols de cigognes, furent la dernière contrée où le romantisme planta son pennon bariolé de conquérant inventeur de mondes,
Tuis r Exposition de jS/S, dans son gigantesque déballage, nous apporta les Japonais. Vous rappele^vous l'engouement^ Le Japonisme devenait une religion, dont Concourt fut le messie et Thilippe Turty le Jean- "Baptiste précurseur. On s extasiait, non sans raison, devant les merveilles dtun art exquis en sa nouveauté, oubliant que ce ti était là qu'une fleur — délicate, certes, et d'un coloris délicieux — éclose sur le tronc combien de fois séculaire de fart chinois!
Car les Chinois, en décadence aujourîhui, furent de grands artistes à leur heure; et nos fabricants Japonais de masques, de crêpons et de gardes-de-sabre,
malgré leur fécondité décorative^ leur sentiment de r échantillonnage des tons y t amusante alchimie de leurs patines et la prestesse de leurs tours de main^ Il ont rien produit qui se puisse comparer aux hron\es d'un si noble style^ aux peintures sur soicy calmes et simples comme de belles fresques ^ dont la Chine y jadis y décora ses palais et ses temples.
De la poésie japonaise y par exemple y personne ne parlait. On eût dit quil n existait pas de poésie japonaise. Ce qui prouverait quune littérature s'improvise moins aisément quune école de dessin ou quune fabrique de précieux petits pots et de laques agréablement décorés,
D'ailleurs cette flambée d'art naura pas duré plus quun feu de sarments. Et tandis que le Japon y dans son hara-kiri définitif se suicide y abandonnant, pour se déguiser à F européenne y tout ce qui faisait sa grâce et son génie, les Chinois y plus sages y entendent demeurer fidèles à leurs traditions y à leurs costumes y et aux beaux vers de leurs poètes que le peuple chante encore.
Et save^-vous pourquoi les poètes vont aux Chinois ? — non pas aux invraisemblables magots de paraventy ou aux non moins invraisemblables mandarins emmafquisés que la diplomatie nous envoie; mais aux vrais