LE JOUR DES RAMEAUX
Plus tard les cierges et Tencens, plus tard le voile de soie et la montrance d'or et le dais qui est au dessus comme un drapeau et comme une tente,
Plus tard tout cela, et la colonne par derrière de dix mille cierges allumés qui se mettent en branle, La paix plus tard!
La Passion demain, et la Résurrection après-demain, l'Ascension et la Pentecôte quarante jours et cinquante jours après,
Plus tard le compte exact à payer et l'immense butin de toutes parts qui est déjà tout prêt.
Mais aujourd'hui la victoire!
La victoire pure et simple et sans aucune autre raison sinon parce qu'on est le plus fort!
Demain toutes les portes de la Cathé-
8o POEMES DE GUERRE
drale ouvertes et l'engouffrement sur trois colonnes dans le port,
Demain la Croix flamboyante!
Demain la Vision de la Vérité et la possession de la Justice!
Demain la Balance dans le Ciel d'été, la Conquête égalée par le Sacrifice, La Grâce à la Grâce répondante!
Mais la foi toute une aujourd'hui et l'emportement de toutes les barrières!
Le coup d'épaule dans la vieille porte vermoulue et la pesée de toute notre jeunesse sur le pêne et sur les charnières, La décision aujourd'hui!
Le parti pris et toute son âme d'un seul coup qu'on arrache à ce qui était morne et sage,
Le chapeau que l'on jette au loin et la veste qu'on arrache ainsi qu'un ouvrier qui se met à l'ouvrage,
La victoire sur la vieille Mort aujourd'hui !
POEMES DE GUERRE 8i
Voilà nos vieux vêtements sous tes pieds, qu'est-ce que nous mettons à nos étendards ?
Qu'est-ce que nous trouverons pour te saluer dans le grand balayement d'équinoxe, dans le vent de fer et l'âpre coup du soleil de Mars,
O Christ, notre capitaine ?
N'importe quoi que l'on arrache au sol dur et cette poignée d'herbe d'hiver !
N'importe quoi, et le laurier s'il y en a ça va bien, sa feuille et ce branchage toujours vert,
— Ou la palme qu'on tient avec peine !
Le laurier, s'il y en a, ou la palme encore mieux s'il y en a, la grande palme encombrante et claquante que l'on tient avec les deux mains !
La palme, ou le rameau d'olivier qu'apporte la colombe à Noé de la terre qui sera demain,
La palme ou l'olive s'il y en a,
Mais s'il y en a pas un peu de buis tout simplement et ce qu'il y a de plus coriace dans notre jardin,
Le buis qui n'est pas ce fascicule de myrrhe que l'Epouse place entre ses deux seins,
Mais qui plaît à Dieu tel que ça !
L'olivier ni la palme décorative, mais un fort bon balai entre nos mains propre à tout balayer.
L'âpre brin sans aucune fleur qu'on arrache dans le jardin de Monsieur le Curé,
La touffe d'éternelle verdure.
L'acclamation à notre poing vers le Tombeau que nous allons traverser
De la plante qui précède la Croix et qui tout le reste de l'année
L'accompagnera sur le mur!
Demain les cierges et le dais, et l'évêque
avec tout son clergé dans sa carapace d'or!
Mais l'acclamation aujourd'hui comme
un coup de tonnerre d'une armée sans état-major
Que le drapeau enlève et guide !
Qui gonflée d'un seul gonflement et prenant d'un seul mouvement l'idée
N'est plus que ce cri dans l'éclatement des murs qu'on enfonce et des portes fracassées :
« Hosannah au fils de David! »
Pas besoin du dada pompeux des sculpteurs, pas de quadrige qui cavalcade sur les arcs-de-triomphe!
Pas de pavois! pas de caparaçon! pas de pyramide en marche! pas de tour!
pas de char qui tonne et qui ronfle !
C'est un âne sur qui le Christ est assis.
Car pour venir à bout du cauchemar qu'ont bâti les savants et les écrivassiers,
Pour franchir le mensonge d'un pied sûr et passer jusqu'à la réalité,
I>e premier âne venu lui suffit!
L'éternelle Jeunesse l'emporte, c'est fini de la hideuse bande des vieillards !
Nous voici comme des enfants dans le souffle de la chose qui sera plus tard, Mais c'est la victoire aujourd'hui!
Plus tard le blé reconnaissant comme de l'or, plus tard l'or Royal et nourrissant comme le blé,
Le fruit qu'il n'y a plus qu'à cueillir, la terre qu'il n'y a plus qu'à partager. Mais c'est la victoire aujourd'hui !