‹ Poëmes de guerre, 1914-1916Chapitre 16 sur 20 · UN GROUPE DE SOLDATS FRANÇAIS, LE SERGENT, LE GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

UN GROUPE DE SOLDATS FRANÇAIS, LE SERGENT, LE GÉNÉRAL

Le général

Sergent, quelles sont ces tombes ?

Le Sergent

Mon général, celles de nos camarades, Jean et Jacques, que nous avons perdus

cet après midi. Jean est tombé blessé en reconnaissance, il était là entre les tranchées. Jacques est allé le prendre sous les balles, et comme il le rapportait sur son dos, il est tombé à son tour. Tous les deux sont morts en même temps, tués de la même balle. Nous n'avons pu avoir leurs corps qu'à la nuit et nous venons de les enterrer. C'étaient des jeunes gens de vingt ans. Jean était séminariste et Jacques était instituteur laïc.

Le Général

jaisant distraitement le salut militaire ^

Honneur aux braves ! — Les Allemands ne tirent plus ?

Le Sergent

Voilà une heure qu'ils ont cessé. C'est la nuit de Noël. On pense qu'ils recommenceront à minuit. C'est leur genre de plaisanteries.

Le Général, montrant la remise.

Une baraque épargnée ?

Le Sergent

C*est là que nous rangeons l'âne du cantinier. Et ce soir le boucher y a mis le bœuf que nous mettrons demain dans la marmite.

Le Général

penchant sur le puits.

Un beau puits et qui a l'air profond.

J'espère que l'eau est saine }

Le Sergent

Il nous rend bien service.

Le Général

Et qu'est-ce que vous étiez dans le civil, sergent? Vous avez une bien belle barbe.

Le Sergent

Evêque, mon général. Évêque en Malaisie.

Le Général

Montrez-moi vos tranchées. {Ils sortent).

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