LA TETE VUE DE LA DROITE
De tout le corps crucifié il n *y a plus que la tête qui est libre.
Les épines dont on a pris soin de Tentourer lui rendent tout appui impossible.
Trois heures elle a régné et prié, trois heures nous avons vu la face du Très- Haut,
Il faut bien qu'elle tombe à la fin quand la force lui fait défaut.
Voici le moment arrivé que nous avons patiemment attendu :
Nous pouvons regarder le Christ, maintenant qu'il ne nous regarde plus.
Le voici maintenant sur la croix, tel qu'il a capitulé pour toujours.
Quoi que nous fassions désormais, nous savons qu'il ne changera pas,
Il ne relèvera plus la tête, il dure dans la transfixion de ses pieds et l'extension définitive de ses bras.
Il ne changera plus à jamais cette espèce de partialité.
Quoi que nous fassions il ne tournera pas cette tête ailleurs qui s'incline de notre côté.
Il médite, il savait tout par avance, il endure les quatre clous pour m 'attendre.
Il est trop facile de voir qu'il n'est pas en état de se défendre.
La mort en moi, l'amour qui est en lui, ne font plus qu'un.
Son innocence et le péché en moi, il y a cela entre nous de vital et de commun.
S'il est mon Rédempteur, où cela se passerait-il si je n'avais péché pas ?
Les clous seraient au corps moins durs si je n'étais moi-même aussi bas.
La croix tient bon, mais que c'est lourd
avec elle ce qui tend à moi par le poids et par le désir!
Tout ce qu'il y a de poids en lui tacitement est à moi comme un fruit qu'il n'y a plus qu'à recueillir.