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Poemes de la guerre, 1870-1871

Nous combattions depuis l'aurore, un contre dix! — Il fallait de leurs bois déloger ces maudits

Qui font mentir jusques à la mitraille... Et nous allions, perçant ces rideaux ténébreux! Après ceux-ci, ceux-là, toujours ! et derrière eux

Se reformait réternelle muraille.

Les turcos, noirs veneurs au lion familiers. Comme on flaire le fauve aux senteurs des halliers, Dépistaient les canons au fumet de la poudre, Et rampants, ramassés dans l'ombre, sabre aux dents,

Ils s'accrochaient d'un bond à leurs affûts grondants Et, corps à corps, luttaient avec la foudre.

Par des feux inconnus les chênes foudroyés Tordaient d'horreur leurs bras dépouillés et broyés

Et s'effondraient au sein de ce cratère ; Et leurs rameaux, voilant ce spectacle de sang, Semblaient vouloir cacher au soleil tout-puissant

L'œuvre de mort que réclamait la terre.

Dans ces débris fumants se frayant un chemin, Si serrés qu'on eût dit qu'ils se tenaient la main, Ceux de la Ligne allaient... Ah! je pleure ec je prie Et je tombe à genoux, 6 peuple, devant toi. Toi qui marches, martyr d'une sublime foi, A ta semelle emportant la Patrie.

Mac-Mahon à cheval, parmi ses généraux, Laissait courir son âme en ces cœurs de héros; Mais, comme dominé d'une angoisse secrète,

LES CUIRASSIERS DE REICHSHOFFEN. s

Il attendait, les yeux rivés à l'horizon...

Déjà les jeunes gens parlaient de trahison

Devant les vieux guerriers qui parlaient de retraite.

Qu'attendait-il.^ Hélas! celui qui ne vient pas!...

(Ah! déchirez les plans et brisez les compas.

Et par pudeur au moins ne lisez plus l'histoire.)

Grouchy, toujours Grouchy, le traînard du Destin.

Et, lasse de planer, en son vol incertain

Sur les drapeaux vaincus s'abatcait la Victoire... "

Tout à coup les canons se turent ; tous nos feux S'éteignirent. O rêve à dresser les cheveux ! . . . Le vent jusqu'au soleil souleva la fumée, Ec l'on vit, bras croisés, pas à pas, sans courir, Comme si dans sa gloire elle voulait mourir. Reculer... Qui donc?... Notre armée!

Les cartouches manquaient... Je veux chanter ton nom. Toi qui te dis vainqueur de notre Mac-Mahon.

Est-ce toij vieux Guillaume^ au sanglant diadème? Tes canons maîtrisés } tes chevaux démontés } Est-ce le nombre? Non, nous vous avions comptés. Ou toi, forêt complice? Est-ce la mort? Pas même. —

L'ombre tombait! La lune, au sein du hurlement, Comme un boulet perdu troua le firmament. La Ligne reforma ses carrés dans la plaine. Et frémissante encor, l'épée en main, sans bruit, Tandis que l'ennemi se massait dans la nuit. Elle tourna les yeux vers son grand capitaine.

Mac-Mahon fit venir ses cuirassiers, au pas...

Apprenez -moi des mots qui ne périssent pas!

J'ai besoin... j'ai besoin d'une langue immortelle!...

— Vous voyez, leur dit-il, là-bas, ces mamelons! C'est là qu'on se repose!... Allez! et soyez longs!...

— Mais, fit le colonel, la route?... où donc est-elle?

— Colonel, répondit Mac-Mahon, la voilà!... Et quand ce chef la vit, son regard se voila.

— Ah! je comprends, dit-il, je n'ai plus qu'à la faire!,.. Combien sont-ils?... — Ils sont sans no mbre !... — C'estla mort?.

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