‹ Poemes de la guerre, 1870-1871Chapitre 2 sur 27 · LES CUIRASSIERS DE R E I C HS H O F FE N · texte numérisé non relu

LES CUIRASSIERS DE R E I C HS H O F FE N

— Oui! — J'y vais! Maréchal, die -il avec efforc, Voulez- vous me donner la main, car je suis père.

L'homme de Magenta ne la lui donna pas, Mais il se découvrit, et, prenant dans ses bras Celui qu'il envoyait mourir, non sans envie, Il l'embrassa devant l'armée et devant Dieu , Et, l'immortalisant par ce sublime adieu, Il lui fit une mort plus belle que la vie.

Heureux ceux qui s'en vont sur des chevaux fougueux. Par le vent emportés dans les vallons en feux , Jusque dans le trépas harceler la fortune! Comme au soleil d'hiver étincelle un glacier. Sur leurs cols vigoureux les cuirasses d'acier Resplendissent au clair de lune.

Qu'ils sont beaux ces guerriers, dans la mort résolus! Ils volent, franchissant les fossés , les talus ,

Et leur ombre autour d'eux bondit, flotte et s'allonge!. Et l'ennemi disait : « Que vont-ils donc oser? Quel combat fabuleux viennent-ils proposer.^ Nocturnes cavaliers, font-ils la guerre en songe?... »

Ils la font! Les voilà. Balayant le terrain, L'escadron est encré dans la masse d'airain Comme au lit d'un torrent les neiges en déroute!... Epaississez vos rangs ! entre-croisez vos fers ! Déchaînez la mitraille... Ils passent au travers... On leur a dit : «'Allez. » Ils se taillent leur route.

Non, ne te voile point, ô lune, éclaire-les! Tisse -leur un linceul dans tes pâles reflets, Car demain, reprenant sa course coutumière, Le soleil envîra ta place en ces tournois, Honteux de n'avoir pas une seconde fois Dans le ciel immobile arrêté sa lumière.

Bientôt tout se fondit, et l'on ne les vit plus;

Et le vallon s'emplit d'un mélange confus...

Le regard seul de Dieu les distinguait dans l'ombre...

Ainsi va dans l'orage un vaisseau démâté :

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