‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 25 sur 73 · AUX GROTTES DE SAINT- EMILION · texte numérisé non relu

AUX GROTTES DE SAINT- EMILION

Vous n'aviez pressenti, vieille horreur des cavernes,

Que plus tard il viendrait un temps Où, pour oser reprendre à vos dômes de mousse.

Au cours sinueux de vos eaux, A vos rocs où la dent des siècles durs s'émousse,

A votre rempart de rameaux, Â votre nuit, à votre hospitalité sombre.

Quelques généreux exilés Gardés par la tutelle auguste de votre ombre

Dans vos replis inviolés.

Pour reprendre un Guadet les proconsuls infâmes,

A bout de sinistres moyens, Avec un calme étrange à la piste des âmes

Lanceraient des meutes de chiens !

Hymen sublime où les époux s'étaient promis

Pour unique espérance La fuite, pour présents des glaives ennemis,

Et pour dot la souffrance;

Pendant qu'un rossignol attendri regai^ait

Cette fête de Tâme, Devant Buzot, devant Barbaroui et Guadet,

Louvet relut pour femme!

LE aSTOUB A PAfilS

Pour la revoir, pour dormir sur son cœur,

Pour goûter sur ses lèvres Le pur nectar qui charme la rancœur

Et le Léthé des fièvres,

Navré d'amour, à toute heure blessé

De lointains sortilèges.

Pour la revoir il avait traversé

Une forêt de pièges.

Cette forêt où Dante eut prodamé :

« Quittez toute espérance », Ce noir séjour d'épouTantes semé

Hélas ! c'était la France- La France hélas ! muette immensité,

Sourde aux cris, meurtrière.

Pour les tribuns que proscrit la cité

Plus inhospitalière

Que ces écueils'où le taisseau léger

Parfois s'obstine et passe Et qu'un désert terrible à l'étranger

Où les lions font grâce.

L'âme brisée et les membres meurtris,

Louvet, dompteur d'épreuves, Tête baissée entra dans ce Paris

Où pleuraient tant de veuves.

Puis il alla tout droit à la maison

Et tout droit à la porte A demi mort par le vague soupçon

De la retrouver morte.

Hymen sublime où les époux s'étaient promis

Pour unique espérance La fuite, pour présents des glaives ennemis,

Et pour dot la souffrance;

Pendant qu'un rossignol attendri regardait

Cette fête de l'âme.

Devant Buzot, devant Barbaroui et Guadet,

Louvet l'élut pour femme!

LE aSTOUB ▲ PAfilS

Pour la revoir, pour dormir sur son cœur.

Pour goûter sur ses lèvres Le pur nectar qui charme la rancœur

Et le Léthé des fièvres,

Navré d'amour, à toute heure blessé

De lointains sortilèges, Pour la revoir il avait traversé

Une forêt de pièges.

Cette focêt où Dante, eût proclamé :

« Quittez toute espérance » , Ce noir séjour d'épou\'antes semé

Hélas ! c'était la France.

La France hélas ! muette immensité,

Sourde aux cris, meurtrière.

Pour les tribuns que proscrit la cité

Plus inhospitalière ,

Que ces écueils'où le taisseau léger

Parfois s'obstine et passe Et qu'un désert terrible à l'étranger

Où les lions font grâce.

L'âme brisée et les membres meurtris,

Louvet, dompteur d'épreuves, Tête baissée entra dans ce Paris

Où pleuraient tant de veuves.

Puis il alla tout droit à la maison

Et tout droit à la porte A demi mort par le vague soupçon

De la retrouver morte.

Hymen sublime où les époux s'étaient promis

Pour unique espérance La fuite, pour présents des glaives ennemis,

Et pour dot la souffrance;

Pendant qu'un rossignol attendri regaixiait

Cette fête de Fâme, Devant Buzot, devant Barbaroux et Guadet,

Louvet relut pour femme i

LE BETOUa  PÂBIS

Pour la revoir, pour dormir sur son cœur,

Pour goûter sur ses lèvres Le pur nectar qui charme la rancœur

Et le Léthé des fièvres,

Navré d'amour, à toute heure blessé

De lointains sortilèges.

Pour la revoir il avait traversé

Une forêt de pièges.

hE SECOND ROMAN DE LOUVET. 175

Cette forêt où Dante eût proclamé :

« Quittez toute espérance », Ce noir séjour d*épou\antes semé

Hélas ! c'était la France.

La France hélas ! muette immensité, Sourde aux cris, meurtrière,

Pour les tribuns que proscrit la cité Plus inhospitalière

Que ces écueils'où le vaisseau léger Parfois s'obstine et passe

Et qu'un désert terrible à l'étranger Où les lions font grâce.

L'âme brisée et les membres meurtris, Louvet, dompteur d'épreuves.

Tête baissée entra dans ce Paris Où pleuraient tant de veuves.

Puis il alla tout droit à la maison

Et tout droit à la porte A demi mort par le vague soupçon

De la retrouver morte.

Il la trouva vivante, et pour tous deux Après ces longs supplices

L'humble réduit fut FÉden hasardeux Des divines délices.

Ah! quand la mort devant le seuil attend, Une chanibre où Ton aime

Se transfigure et devient à Finstant Le paradis suprême ;

Le paradis terrestre où les baisers Étonnent comme un rêve,

Trop confondus pour être divisés Par le tranchant du glaive,

Où les époux, dans le ravissement

De la nuit qui rassemble.

Disent avec un fier pressentiment :

u Quand mourrons-nous ensemble? »

l'amour triomphe

Longtemps, comme un oiseau tendrement réchauffé, Gomme un enfant que Ton dorlote.

Dans un de ces abris où peut dormir Tilote, Lodoïska Tavait caché.

Et la cachette était Tœuvre de ses mains frêles,

L'œuvre vaillante de ses mains.

Pour lui, pour s'affranchir des douteux lendemains,

Elle eût voulu créer des ailes.

Un jour il fallut fuir... ô jour désespéré I

Fuir sans elle, sans elle vivre Sur les cimes des monts où l'air limpide enivre,

L'air à pleins poumons respiré !

Libre dans le Jura, lui se sentit esclave

De la morne fatalité :

L'absence est pour Louvet un mal plus détesté

Que la guillotine qu'il brave.

Ni le rhododendron, ni l'essor du myrtil,

Ni la belle bruyère rose, Ni la nature en fleur qui sur ses pas dispose

La pompe innocente d'avril ;

Ni le secret des bois, ni cette confidence Des chênes, vieux témoins jaloux,

Ni tous ces verts trépieds, antiques rendez-vous Pour des nymphes ivres de danse,

N'ont distrùt ces regards d'amant, indilTérents Au svelte pi^ueil des sapinières,

A la sublimité |des montagnes premières, A l'horreur vaste des torrents.

Qu'elle vienne, et l'éclat charmant de son visage

Et ses gestes délicieux Feront mieux resplendir la cime auguste, et mieux

Fleurir le hardi paysage.

Qu'elle vienne... soudain aux pieds du roc glissant, Prompte comme un oiseau de Damme,

S'arrête une voiture en feu I c'est une femme. C'est une femme qui descend,

C'est elle,... ô le baiser ineffable I ces gorges

Clémentes les ont réunis A jamais enlacés tout comme dans leurs nids

Sont les couples de rouge-gorges.

Ils ont tout oublié, le passé n'est qu'un jour

Qui s'efface et va disparaître.

Ils sont heureux I ont-ils jamais cessé de l'être?

Tu le sais, ô divin Amour 1

lis LE SECOND ROMAN DE LOUVET.

Ni le rhododendron, ni Fessor du myrtil,

Ni la belle bruyère rose, Ni la nature en fleur qui sur ses pas dispose

La pompe innocente d'avril ;

Ni le secret des bois, ni cette confidence Des chênes, vieux témoins jaloux,

Ni tous ces verts trépieds, antiques rendez-vous Pour .des nymphes ivres de danse,

N^ont distrait ces regards d'amant, indifférents Au svelte orgueil des sapinières;

A la sublimité jdes mon^gnes premières, A Vhorreur vaste des torrents.

Qu'elle vienne, et Féclat charmant de son visage

Et ses gestes délicieux Feront mieux resplendir la cime auguste, et mieux

Fleurir le hardi paysage.

Qu'elle vienne... soudain aux pieds du roc glissant, Prompte comme un oiseau de flamme.

S'arrête une voiture en feu I c'est une femme. C'est une femme qui descend.

C'est elle,... ô le baiser ineffable I ces gorges

Clémentes les ont réunis A jamais enlacés tout comme dans leurs nids

Sont les couples de rouge-gorges.

Ils ont tout oublié, le passé n'est qu'un jour

Qui s'efface et va disparaître.

Ils sont heureux I ont-ils jamais cessé de l'être?

Tu le sais, ô divin Amour I

Dc^ loups dans le lointain, une forêt déserte,

Dt'iii: hommes, deux proscrits, double victime offerte

A la Tatalité de l'immolation;

L'un s'appelle Buzol et l'auti'e Pétion;

La neige flagellait ces deux pauvres visages ;

ll5 allaient devant eux, ces héros et ces sages,

Sans espoir qu'à leurs maux il pût être une fin.

Pi'nsifs, ils avaient froids; mornes, ils avaient faim,

Li's loups aussi...

Là-bas de farouches n 0<iL' le vent prolongeait au milieu des r.

Grondent, et Ton pourrait entendre par moments Un fauve et famélique appel de hurlements A travers le silence et Tombre épouvantables. Les troupeaux sont reclus et closes les étables ; Plus de combat avec les chiens et le berger : Rien... plus une pâture à terre... Il faut manger!

Et les beaux Girondins que la Commune exile

Marchaient toujours, pareils aux Anciens du Pœcile,

Évoquant un passé resplendissant et fier,

Un passé si loin d'eux et qui date d'hier :

Le duel corps à corps contre une cour servile,

La jeune ovation du vieil Hôtel-de- Ville,

Les clubs comme une houle ondulant à leur voix,

Le soufflet de la guerre à la face des rois.

Le Dix Août renversant Taltière tyrannie

Et l'amour d'un grand peuple attestant leur génie.

sainte illusion ! Ces têtes de proscrits S'illuminent. Parmi les bravos et les cris Pétion se revoit au retour de Varennes Triomphant, et Buzot rêve aux heures sereines Où voltigeait ton doux sourire étincelant.

Ton sourire de femme, ô madame Roland !

Les loups ne sont pas loin... Ils vont franchir la marge

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