MERLIN DB THIONVILLE
Le retentissement de ta chute, ô Mayence, Se prolonge à travers Paris... la Défiance Plane comme un oiseau de nuit' à l'horizon; Les passants effarés se disent : « Trahison ! » Ici court la fureur et là l'inquiétude, Paris attend dans une effrayante attitude Crédule au vol de bruits sinistres ; le faubourg Antoine a cru surprendre un piège de Cobourg Prêt à poser sa main calleuse sur les traîtres.
Garde à vous, Mayeiîçais ! des émigrés, des êtres
Tortueux sont mêlés à la foule, et dans l'air,
Vont dispersant les noms de Rewbell, de Kléber,
De Merlin, comme on sème une graine funeste,
Cependant qu'au dehors le murmure proteste,
Le murmure pareil aux vagues en émoi,
Les Conventionnels débattent une loi.
Mais d'un souci lointain leur raison est troublée
Et Mayeiîce a ravi l'âme de l'Assemblée.
S28 L'ARMÉS DB UATBNGB.
Puis, tel qu'un épervier se précipite, il part ; Dans les rangs ennemis, léte baissée, il plonge, (iiieille ses prisonniers, agile comme un soDge, Et retourne sur le rempart.
Là, pour se reposer d'escarmouches épiques <Ju de combals pareils aux chocs des vieux géants, Il aime à manier les lourds canons béants, Comme des cesles ol}mpiques ;
Et poussant devant lui ces cratères d'airain,
(Jun de fois accoudé sur leur masse robuste ! Il lise enfin ce bronze et le pointe et l'ajuste Avec un geste souverain ;
l'^t là, réclair aux yeux et la pourpre à la joue, \'isaDt des ennemis la vivante forêt, 11 dispose à loisir ses pièces, ., on dirait Qu'avec ses chers canons il joue ;
Si bien qu'en le voyant incomparable au Jeu Des batailles, présent partout, partout superbe, Lps Allemands qu'il fauche à loisir comme l'herbe Murmurent : » Le DiaLle de feu ! u
MBRLIN DB THIONVILLE
Le retentissement de ta chute, ô Mayence, Se prolonge à travers Paris... la Défiance Plane comme un oiseau de nuit' à Thorizon; Les passants effarés se disent : « Trahison ! » Ici court la fureur et là l'inquiétude , Paris attend dans une effrayante attitude Crédule au vol de bruits sinistres ; le faubourg Antoine a cru surprendre un piège de Cobourg Prêt à poser sa main calleuse sur les traîtres.
Garde à vous, Mayeiîçais ! des émigrés, des êtres
Tortueux sont mêlés à la foule, et dans Tair,
Vont dispersant les noms de Rewbell, de Kléber,
De Merlin, comme on sème une graine funeste,
Cependant qu'au dehors le murmure proteste,
Le murmure pareil aux vagues en émoi,
Les Conventionnels débattent une loi.
Mais d'un souci lointain leur raison est troublée
Et Mayeiîce a ravi l'âme de l'Assemblée.
230 VABMÈm DE ICATZSCE.
Toos les frontë sont en feo, tous les corars sont en deail. Soudain une mmear s^ânent auprès du sniîl ; La porte cède, et dans la salle solflineDe, Malgré Teffort qu*oppose en Tain la sentinelle, Un homme an pied hardi Êiit nne éruption Étrange, et se présente à la Gonrention Déguenillé, poudreux, presque méconnaissable, Submei^é par la boue, euTahi par le sable, Traînant en vils lambeaux, ainsi qu'un prisonnier. Le drap flétri d'un pauvre habit de canonnier, Son grand chapeau troué par la balle hagarde, Son gilet rouge, ses bottes à la hussarde, Lui-même hérissé de ses cheveux touffus.
Tout noyé dans sa barbe épaisse en flots confus, Semblable aux fugitifs qu'un sort jaloux délabre, Et pourtant appuyé fièrement sur son sabre, Grave et simple comme un vainqueur capitolin.
Un long cri s'éleva : « Merlin î voici Merlin î »
Dans les tribunes, sur tous les bancs, dans la salle,
Une joie éclata, sincère et colossale,
Et de tous les côtés, à la fois véhément
S'épandait le roulis de l'applaudissement,
République I plus de partis, plus de haine !
' "~^"' ^e confond unie avec la Plaine ^
L'ARMBE DE MAYENCE. 231
Dans un embrassement soudain et généreux.
Tous sont frères, tous sont aimants, tous sont heureux,
Grâce au tribun-soldat en qui s'est exprimée
La vivante vertu de notre jeune armée.
WATTIONIES. 237
Toute Tarmée au pas de course s'échelonne, L'œil fixé sur Garnot qui guide la colonne.
S'ils hésitent parfois, Camot gravit toujours Aux balles des hulans, aux sabres des pandours Insensible et songeant bien moins à la mitraille Qu'à l'héroïque amour qui dans son sein tressaille, L'amour de la patrie en danger. Son cheval S'abat! Lui va toujours, et le soldat rival Du tribun qui le mène à la gloire en silence D'un pas jeune et joyeux à sa suite s'élance. Nos chétifs fantassins au fond des chemins creux Brisent le choc puissant des cavaliers poudreux Et sur ces corps géants que la mort amoncelé, A travers un orage enflammé qui ruisselle.
Hâtent le dur travail de leur ascension.
race de vaillants I ô Révolution !
Déjà sur le coteau, déjà les batteries Se taisent, et soudain nos bandes aguerries Dispersent les ramas des blancs Autrichiens, Comme un veneur qui chasse une meute de chiens. Wattignies est à nous et l'Autriche est en fuite. Or, tandis que Jourdan active la poursuite, Garnot, posant enim son fusil, dans un coin Se recueille, immobile et sérieux témoin, Heureux d'avoir franchi ce périlleux passage, Brave comme un héros, modeste comme un sage.
PieiJs nus, tous ces boui^eois, pieds nus, ces prolétaires, Ti.^tti en avant, ainsi que des bœufs indomptés, Piiur briser à jamais les jougs héréditaires, S<^ ruèrent au front des vieilles royautés.
Lu sainte République envahissait leurs rêves Seule. Ils ne sentaient point leur capote en lambeaux. Qu'importe? à la victoire ils arracbaient des glaives, Di's fusils, et laissaient le butin aui corbeaux.
Ainsi sur les étangs glacés, panni les sables, Pauvres contre TEurope opulente, et toujours Pieds nus, ils nous ont fait des jours impérissables Dont le nom vibre au cœur comme un choc de tambours.
Jour d'espoir et d'orgueil où la libre Hollande. Pressant contre son sein ses fils glorifiés Dédiait à leurs fronts sa civique guirlande Et donnait son amour à nos grands va-nu-pieds.
A ARMAND SiUVESTRE
Toutes ces ftnei reletées Qae (Pan coomU amb^beax La taim de gloire persuade D*aUer, sur les pas d*Eneelade, Porter des échelles aux deux.
1I*I.BIBBI.
Pieds DUS, tous ces bourgeois, pieds nus, ces prolétaires, Tête en avant, ainsi que des bœufs indomptés, Pour briser à jamais les jougs héréditaires, Se ruèrent au front des vieilles royautés.
La sainte République envahissait leurs rêves Seule. Ils ne sentaient point leur capote en lambeaux. Qu'importe? à la victoire ils arrachaient des glaives, Des fusils, et laissaient le butin aux corbeaux.
Ainsi sur les étangs glacés, panni les sables, Pauvres contre l'Europe opulente, et toujours Pieds nus, ils nous ont fait des jours impérissables Dont le nom vibre au cœur comme un choc de tambours.
Jour d'espoir et d'orgueil où la libre Hollande. Pressant contre son sein ses fils glorifiés Dédiait à leurs fronts sa civique guirlande Et donnait son amour à nos grands va-nu-pieds.