L'APOTHÉOSE DES GIRONDINS
A M. ALFRED FOUILLÉC
Rêve du doux YirgUe, il est un Elysée Enveloppé dans une éternelle blancheur, Où s'épanche invisible un fleuve de fraîcheur Étincelant d*aurore et jeune de rosée.
La chaste source au chant limpide y coule en paix, Et la pudicité farouche de Diane Se plairait dans ces bois sacrés dont le profane N'a jamais violé Fenlacement épais.
Sur les cimes ondule un infini sourire ; La clairière est facile à des chœurs ingénus.
L'APOTHÉOSE DES GIRONDINS. 18ô
Et les bondissements des Nymphes y sont nus Sans redouter rembùche inique du satyre.
Tout est libre," tout est heureux ; les animaux Passent inoflensifs avec des poses graves :
Le corps a rejeté la lourdeur des entraves Et rame a désappris la pesanteur des maux.
Les couples recueillis en lentes promenades Aspirent le nectar des calmes voluptés, Reconnaissants témoins de ces riches étés Qui jettent à leurs pieds la pourpre des grenades.
Le lisse et blanc platane et de Socrate ami Prête toujours son ombre hospitalière aux sages ; Et les sages toujours sous ces doctes feuillages Plongent sur Tidéal un regard affermi.
En un grand trône d*or la Justice préside Au mâle et fier bonheur de ces stoïciens Qui savourent Thonneur de leurs périls anciens Et leur gloire égalée à la gloire d'Alcide.
226 L'ARMÉE DE MAYENCÈ.
Or Mayence résiste, elle veut s'obstiner A retarder la chute où le sort la destine, Et parfois elle écoute au loin si de Gustine Le clairon ne va pas sonner.
Mais Gustine s'abstient, et la cité s'entête, Magnanime, à subir Tépreuve des assauts.
Gomme un de ces rochers où s'usent les vaisseaux, Impassible dans la tempête.
Gar Mayence recèle un peuple de héros Invincible à la mort qui sur leurs têtes tonne ; Là, semblables aux vents belliqueux de l'automne, Se déchaînent six généraux.
Tels que les chevaliers du drapeau tricolore. Quelques-uns retrempant un blason féodal ; G'est Marigny qui semble avoir pris Durandal Au paladin dompteur du More ;
G'est Dubayet, Beaupuy, l'athlète au noble front, Meunier, penseur promis au deuil de la patrie ; G^est ta fièvre, c'est ton courroux, c'est ta furie, Kléber que les sphynx craindront 1
Mais, plus que ces héros et que ces preux, éclate, Imaginez Achille au secours d'Ilion, Un être formidable aux cheveux de lion Où flotte un panache écarlate ;
Un jeune homme, un tribun, soldat improvisé, Chef imprévu plongeant au loin son regard d'aigle, Inspiré de la guerre et docile à la règle.
Calme et sans cesse électrisé.
Ce lutteur sans orgueil comme sans défaillance, Simple et sublime, c'est Merlin, l'homme au cœur fort, Soutien d'une cité dans un suprême effort.
Incarnation de Mayence.
C'est lui le proconsul fier de sa mission.
Tantôt prudent, tantôt fougueux, toujours terrible. Qui multiplie aux yeux de l'ennemi, visible.
L'esprit de la Convention.
Merlin de Thionville, un descendant d'Hercule, Inventant le remède où surgit le besoin.
Criant à l'Épouvante: «Arrière! », au Mal : « Plus loin IV) Et qui dit à la Faim : « Recule. »
îî'i L'ARMÉB DR MAÏENGB.
Puis, tel qu'un épervier se prédpite, il part ; Uans les rangs ennemis, (été baissée, il plonge, (liieille ses prisODniere, ^ile comme an songe,
Bt relourne sur le rempart.
Là, pour se reposer d'escarmouches épiques
I )a de combats pareils aux chocs des \ieux géants,
II dme à manier les lourds crions béants,
Comme des cestes olympiques ;
l't poussant devant lui ces cratères d'airain, ijue de fois accoudé sur leur masse robuste ! Il fixe enfin ce bronze et le pointe et l'ajuste Avec un geste souverain ;
Et là, l'éclair aux jeux et la pourpre à la joue. Visant des ennemis la vivante forêt, 1! dispose à loisir ses pièces... on dirait Qu'avec ses ehcrs canons il joue ;
Si bien qu'en le voyant incomparable au jeu Deâ batailles, présent partout, partout superbe, Les Allemands qu'il fauche à loisir comme l'herbe Murmurent : « Le DiaLle de feu ! »