‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 36 sur 73 · LES KÊYSS DE SA.INT-JUST · texte numérisé non relu

LES KÊYSS DE SA.INT-JUST

A VALERY VERNIER

Pensif et Tœil fixé sur l'idéale amante, La Justice, il suivait son rêve dans les camps. Comme un songeur cherchant des fleurs sur les volcans Ou lisant dans les cieux au fort de la tourmente.

Tout en plongeant parmi les bataillons épais, Enthousiaste avec une grave furie, Il rêvait, au sortir de la noire tuerie, La rose et rougissante aurore de la paix ;

Sous cette heureuse aurore une vertu secrète Pénétrant dans le cœur du vieux peuple gaulois, Un désir infini de s'aimer sous des lois Fraternelles, ainsi qu'aux saisons de la Crète ;

Tout homme à soi sévère, aux autres indulgent. Sur le front des vieillards la sagesse honorée ; Plus de corps affamé, d'âme désespérée.

Et le riche disant : « Mon frère » à l'indigent.

Il rêvait le bonheur du monde, églogue austère Et tendre, où tous passaient, femmes, adolescents, Mères dans la beauté des travaux innocents, La mort sanglante ayant disparu de la terre ;

Le supplice, ce monstre épouvantable à voir, Ayant fui pour jamais tous les climats serviles Et seul, se hasardant sur la nuit dans les villes. Le meurtrier flétri par un long voile noir.

Il rêvait la cité se découvrant une âme

Maternelle soudain pour l'enfant pauvre et nu,

Pour l'orphelin, pour toi, bâtard, triste inconnu.

Et pour la vierge en proie au séducteur infâme.

Victimes, il rêvait pour vous le Jour tardif, L*équitable chaleur réchauffant tos natures, Un pacifique Avril offert aux créatures, L'Avril immaculé de Tamour primitif;

Et, sans perdre de Tœil sa mission auguste.

Il marchait au devant de la Réalité,

Armant pour l'action sa mâle volonté,

Le sabre en main, terrible aux lutteurs de Tlnjuste,

Tout en voyant au loin s'avancer affermis, Entre les citoyens que Tamour seul enchaîne.

S'avancer plus unis que le lierre et le chêne Les jumeaux que le cœur a créés, les amis ! .

LS VASftÂGB DS LA SAMBRK

Il faut passer la Sambre, et la Sambre farouche

Se cabre au froissement du Français qui la touche

Et nous rejette avec un fracas insultant

Loin du rivage hostile où la mort nous attend i

Railleuse et de canons allemands hérissée.

Or notre armée hésite et faiblit, repoussée Trois fois, ayant Saint-Just avec elle, et songeant Que ce tribun, ainsi qu'un dompteur exigeant. D'un seul regard courbait à ses pieds la victoire. Chassée avec Saint-Just,' elle ne peut plus croire A Taccès d'un passage où fléchit ce héros.

La stupeur des soldats abat les généraux :

Saint-Just est calme ; il va confiant ! ce jeune homme Sait porter son esprit vers ces grands jours de Rome Où le consul vaincu, d'un geste souverain, Ramenant la victoire à son vieux char d'airain. Souffletait l'infidèle et la battait de verges. Si la mort est là-bas, tonnante sur ces berges, Qu'importe au fier Saint-Just contempteur de la mort ? Il parle, il fait un geste, et l'unanime effort Sur le fleuve indocile emporte nos milices.

Et bientôt, comme un cerf aiguillonné de lices, Fuit l'ennemi. Saint-Just a marché le premier, Formidable, agitant dans son regard guerrier Une arme qui foudroie elle aussi, la Pensée....

La quatrième fois la Sambre fut passée.

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