‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 48 sur 73 · A M. ADRIEN HÉBRARD · texte numérisé non relu

A M. ADRIEN HÉBRARD

Sage Républicain que la haine diffimie,

Sans jamais pouvoir le ternir, Gondorcet proscrit, seul, caché par une femme.

Porte en soi Timmense avenir.

Que lui font le passé, le présent, la tempête

Sifflante dans Tair haletant, La hache à tout moment pendante sur sa tête

Insatiable et qui Tattend ?

Il méconnaît la mort qui passe et qui repasse

Incessamment dans le chemin Et qui semble aujourd'hui ne lui faire encor grâce

Que pour le reprendre demain.

27(î LE TESTAMENT DR CONDORCBT.

L*ilme de Condorcet stoïque, inébranlée,

Plane au-dessus de ces périls, Toujours plus haut et va par Tespace, envolée

A travers de lointains exils.

Il voit THumanité dans son cours séculaire.

Suit en ses bonds étincelants La grande voyageuse et note sans colère

Ses chutes comme ses élans.

Malgré les rois, malgré les bonzes, les satrapes.

Les myrmidons ou les titans Qui retardent sa marche, il compte neuf étapes

Sur la route large des temps.

Neuf âges lumineux d'où notre race humaine

Prend un sûr et nouvel essor, Et part, obéissant à la loi qui la mène.

Comme à la quête d'un trésor.

L'argonaute éternel qu'appellent sans relâché

La science et la liberté.

Le genre humain d'un pied ferme accomplit sa tâche.

L'itinéraire illimité.

Et, devant le penseur, témoin de chaque halte,

De chaque oasis rajeuni.

Suit la marche en avant que Condorcet exalte,

Le grand Progrès indéfini!

De cette Yision le condamné s'enivre

Et, toujours extatique et fort, Il la déroule au pur courant d'un noble livre

Sans trahir nul pénible effort.

Il est lui-même ardent et froid ; il nous révèle

Dans ce limpide testament Sa foi sans défaillir en la race nouvelle

Et son sublime entêtement.

Il croit au Bien, il croit au Mieux, il croit au Juste :

Le Mal, cet accident grossier.

Ne peut même entamer Tenveloppe robuste

De ses convictions d'acier.

La Révolution le proscrit et le tue :

Résigné tel qu'un fils pieux 11 lui garde en son cœur une blanche statue

Sur l'autel le plus glorieux.

Il l'absout et la voit pareille à la Nature

Dont le soleil chauffe les airs.

Morbide et meurtrier pour mainte ciéature.

Vivifiant pour l'univers.

LTime de Gondorcet stoïque, inébranlée,

Plane au-dessus de ces périls, Toujours plus haut et ya par Tespace, envolée

A travers de lointains exils.

Il voit THumanité dans son cours séculaire,

Suit en ses bonds étincelants La grande voyageuse et note sans colère

Ses chutes coname ses élans.

Malgré les rois, malgré les bonzes, les satrapes.

Les myrmidons ou les titans Qui retardent sa marche, il compte neuf étapes

Sur la route large des temps.

Neuf âges lumineux d'où notre race humaine

Prend un sûr et nouvel essor.

Et part, obéissant à la loi qui la mène.

Comme à la quête d'un trésor.

L'argonaute éternel qu'appellent sans relâché

La science et la liberté.

Le genre humain d'un pied ferme accomplit sa tâche.

L'itinéraire illimité.

Et, devant le penseur, témoin de chaque halte.

De chaque oasis rajeuni, Suit la marche en avant que Gondorcet exalte,

Le grand Progrès indéfini !

LE TESTAMENT DK-C0ND0RJ3ET. 277

De cette vision le condamné s'enivre

Et, toujours extatique et fort, Il la déroule au pur courant d'un noble livre

Sans trahir nul pénible effort.

Il est lui-même ardent et froid ; il nous révèle

Dans ce limpide testament Sa foi sans défaillir en la race nouvelle

Et son sublime entêtement.

Il croit au Bien, il croit au Mieux, il croit au Juste :

Le Mal, cet accident grossier.

Ne peut même entamer Tenveloppe robuste

De ses convictions d'acier.

La Révolution le proscrit et le tue :

Résigné tel qu'un fils pieux 11 lui garde en son cœur une blanche statue

Sur l'autel le plus glorieux.

Il l'absout et la voit pareille à la Nature

Dont le soleil chauffe les airs.

Morbide et meurtrier pour mainte ciéature.

Vivifiant pour l'univers.

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LES MÈRES-

A JULES LEVAI., L^l S

Ainsi les heures éphémères,

Les mois, les rapides saisons

Retrouveront toujours les mères - Assises au seuil des prisons ;-

Insensibles à la cohue,

Aux cris sauvages ou m<Miueurs, :

Saintes Niobés de la rue,

Elles restent où sont leurs cœurs.

Rien ne peut émouvoir ces femmes ; Leur corps chétif est soulevé Par leurs pensers : ce sont des âmes Immobiles sur le pavé. *

Ainsi dans sa retraite obscure et clandestine,

Accessible à la trahison, Sous le couteau, non loin du champ de guillotine,

Et constamment prêt au poison, Le sage, dédaigneux des bourreaux, pur de haine,

Embrasse de ses yeux pensifs Les siècles à yenir et l'époque prochaine

Où, libre des maux primitifs, A jamais affranchis des fourbes et des maîtres.

Purifiés et réjouis, Dans leur fraternité paisible tous les êtres

Iront sous les cieux éblouis. Chantant ce songe d'or comme le chant du cygne,

Gondorcet mourut consolé De l'horreur transitoire et du présent indigne

Par l'avenir immaculé.

Il mourut en pressant dans ses bras l'Espérance

Prête encor à le secourir.

Et son dernier regard vit triompher la France

Et la République fleurir 1

LES MÈRES

A JULES LEVAI., Lfrl S

Ainsi les heures éphémères, •

Les mois, les rapides saisons

Retrouveront toujours les mères - Assises au seuil des prisons ;>

Insensibles à la cohue,

Aux cris sauvages ou m<Miueurs,

Saintes Niobés de la rue,

Elles restent où sont leurs cœurs. -

Rien ne peut émouvoir ces femmes ; Leur corps chétif «st soulevé Par leurs pensers : ce sont des âmes Immobiles sur le pavé. •

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