‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 49 sur 73 · A M. CHARLES LENIENT · texte numérisé non relu

A M. CHARLES LENIENT

Avez-vous entendu frémir dans les ramures Le vent d'automne? Tels de véhéments murmures Traversent le faubourg Antoine soucieux.

Or le faubourg Antoine, ô frères, c'est le vieux Patriote, le dur preneur de la Bastille, L'escaladeur du Louvre, et celui dont la fille, Éclose au soleil d'Août sur les pavés en feu. Belle comme le rêve immuable d'un dieu, S'appelle République et lance le tonnerre.

Donc, lorsque cette enfant, invincible en son aire,

Triomphe, le faubourg au cœur large est content

Et va, d'un pas joyeux, jusqu'à Ménilmontant

'^80 LES MERES

Leur chair devient indifférente Au soleil comme au froid qui mord.

Leur oreille n'est plus vibrante Que pour les bulletins de mort.

Pauvres vieillesses consternées I Combien songent, les doigts tremblants, A ces têtes emprisonnées, A ces têtes sans cheveux blancs.

Combien, rejetant la folie D*un espoir que tout leur défend.

Portent le deuil d'êtres en vie, Veuves déjà de leur enfant.

Toutes par des sanglots fidèles Attestent de prochains trépas, Toutes, excepté Tune d'elles Qui se tait et ne pleure pas.

Elle observe dans ses alarmes Un désespoir silencieux :

La douleur a tari ses larmes ; Le3 pleurs sont usés dans ses yeux !

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