A FRANÇOIS COPPÉE
Nous n'avions point encor de mères de l'Église . Marie-Josbph Ch£nieb.
A la vague lueur des furtives veilleuses Des êtres singuliers, aux yeux hagards, tout bas Chuchotent des récits de choses merveilleuses, Des confidences de sabbats ;
Cependant qu'au dehors sous l'éclat des tonnerres S'ouvrent de libres cœurs à la raison éclos, Ces mesquins héritiers des convulsionnaires Font du mysticisme à huis clos,
Des miracles en chambre 1 on prêche, on magnétise, On confesse, on flagelle, on exorcise, on a Un mélange inouï d'horreur et de sottise, La Foire jouant le Sina.
ÏÏ88 CATHERINE THÉOT.
Tout cela vaticine en famille. Copistes Vulgaires des effrois d*Erythrée et d*Endor, Des fous, de \ils fripons, de peureux royalistes Vont prophétisant Fâge d'or,
Sur une mer de sang des cieux d'azur sans tache, Des glaives abaissés sur tous les rois fuyards, La messe noire dite à Taide de la hache Par des vicaires savoyards ;
Tout un surnaturel prosaïque et débile.
Mais que d'initiés se pressent dans ce lieu Où la caduque hôtesse, idiote sibylle.
Se proclame Mère de Dieu.
Tandis qu'elle marmonne en syllabes confuses Les mots d'Être suprême et d'Enfer et d'Élus, Deux filles de vingt ans captivent par leurs ruses Les visiteurs irrésolus.
Catherine Théot est cette vieille étrange Sur un fauteuil juchée avec un air rêveur.
Don Gerle le chartreux fait près d'elle l'archange ; Rien n'est absent que le Sauveur;
CATHERINE THEOT. 289
Ce Messie invoqué qu'attend un trône vide, L'homme d'Apocalypse, unique espoir des bons, Des justes et des purs qui guettent, l'œil avide. Un Christ successeur des Bourbons,
Un Christ ayant Marat pour précurseur, un maître Mêlant dans un hommage égal, un même honneur, Le voyant, le bourreau, la sorcière et le prêtre. Un doux Jésus guillotineur I
Et c'est toi, Robespierre, élève de Jean- Jacques, Philosophe, c'est toi dont la faiblesse admet Que ces illuminés, te dédiant leurs Pâques, T'exaltent comme un Mahomet ;
Jésus de la Théot, Christ du moine Don Gerle, C'est donc toi, Robespierre I et tous tes envieux. De te jeter au front comme un flot qui déferle Ces sobriquets injurieux.
Perfide apothéose où ton renom succombe !
Ecoute, Robespierre, écoute ce Vadier.
Sa parole effleurant Catherine retombe
Sur toi comme un lourd bélier.
Tout cela vaticine en famille. Copistes Vulgaires des effrois d'Erythrée et d'Endor, Des fous, de vils fripons, de peureux rojalistes Vont prophétisant l'âge d'or,
Sur une mer de sang des cieux d'azur sans lâche, Des glaives ahaissés sur tous les rois fuyards, La messe noire dite à l'aide de la hache Par des vicaires savoyards ;
Tout un surnaturel prosaïque et débile.
Mais que d'initiés se pressent dans ce lieu ' Où la caduque hôtesse, idiote sibylle.
Se proclame Mère de Dieu.
Tandis qu'elle marmonne en syllabes confuses Ijes mots d'Être suprême et d'Enfer et d'Élus, Deuï filles de vingt ans captivent par leurs ruses Les visiteurs irrésolus.
Catherine Théot est cette vieille étrange Sur un fauteuil juchée avec un air rêveur.
Don Gerle le chartreux fait près d'elle l'archange; Rien n'est absent que le Sauveur;
CATHERINE THEOT. 289
Ce Messie invoqué qu'attend un trône vide, L'homme d'Apocalypse, unique espoir des bons, Des justes et des purs qui guettent, l'œil avide. Un Christ successeur des Bourbons,
Un Christ ayant Marat pour précurseur, un maître Mêlant dans un hommage égal, un même honneur. Le voyant, le bourreau, la sorcière et le prêtre. Un doux Jésus guillotineur I
Et c'est toi, Robespierre, élève de Jean-Jacques, Philosophe, c'est toi dont la faiblesse admet Que ces illuminés, te dédiant leurs Pâques, T'exaltent comme un Mahomet ;
Jésus de la Théot, Christ du moine Don Gerle, C'est donc toi, Robespierre I et tous tes envieux, De te jeter au front comme un flot qui déferle Ces sobriquets injurieux.
Perfide apothéose où ton renom succombe !
Ecoute, Robespierre, écoute ce Vadier.
Sa parole effleurant Catherine retombe
Sur toi comme un lourd bélier.
290 CATHERINE THEOT.
Le ridicule autant que le fer décapite.
Écoute encor Vadier! il parle, expert aux jeux Meurtriers, et branlant sa tête décrépite Il émeut un rire orageux;
Un rire qui bondit et qui court et qui roule, Trombe, foudre, incendie', ouragan, tourbillon, Vaste soulèvement assez fort dans sa houle Pour tordre la Convention.
Ils l'avaient bien prédit, infortuné déiste.
Les Rabaud, les Guadet, ces fiers guillotinés, Que tu serais toujours le bonze qui persiste A croire ses rivaux damnés.
Te voilà plus qu'un bonze, un rival des Messies Que dans Tespoir flottant des prochains paradis Montrent de creux vendeurs d'obscures prophéties A des badauds dans un taudis.
Ah 1 qu'une fois au moins ton grave orgueil se cabre Et qu'il repousse avec des mépris menaçants Tes mages de hasard et ta sainte Ghalabre, Toutes tes porteuses d'encens ;
CATHERIN^ THÉOT. 291
Car ce culte secret, honteux, calqué sur Rome, Réclpime de ta part un hautain désaveu.
Lorsque, tribun puissant, on se croit un grand homme. L'on n'a pas besoin d'être un dieu !
Le ridicule autant que le fer décapite.
Écoute encor Vadier! il parle, eipert aux jeux Meurtriers, et branlant sa tête décrépite 11 émeut un rire orageux;
Un rire qui bondit et qui court et qui roule, Trombe, foudre, incendie", ouragan, tourbillon, Vaste soulèvement assez fort dans sa houle Pour tordre la Convention,
Ils l'avaient bien prédit, infortuné déiste, Les Rabaud, tes Guadet, ces fiers guillotinés, Que tu serais toujours le bonze qui persiste A croire ses rivaux damnés.
Te voilà plus qu'un bonze, un rival des Messies Que dans l'espoir flottant des prochains paradis Montrent de creux vendeurs d'obscures prophéties A des badauds dans un taudis.
Ah 1 qu'une fois au moins ton grave orgueil se cabre Et qu'il repousse avec des mépris menaçants Tes mages de hasard et ta sainte Ghalabre, Toutes tes porteuses d'encens ;
CATHERINp THÉOT. 291
Car ce culte secret, honteux, calqué sur Rome, Réclpinie de ta part un hautain désaveu.
Lorsque, tribun puissant, on se croit un grand homme, L'on n'a pas besoin d'être un dieu !
Le ridicule autant que le fer décapite.
Ecoute encor Vadier! il parle, expert aux jeux Meurtriers, et branlant sa tête décrépite Il émeu t un rire orageux ;
Un rire qui bondit et qui court et qui roule. Trombe, foudre, incendie', ouragan, tourbillon, Vaste soulèvement assez fort dans sa houle Pour tordre la Convention.
Ils l'avaient bien prédit, infortuné déiste.
Les Rabaud, les Guadet, ces fiers guillotinés, Que tu serais toujours le bonze qui persiste A croire ses rivaux damnés.
Te voilà plus qu'un bonze, un rival des Messies Que dans Tespoir flottant des prochains paradis Montrent de creux vendeurs d'obscures prophéties A des badauds dans un taudis.
Ah I qu'une fois au moins ton grave orgueil se cabre Et qu'il repousse avec des mépris menaçants Tes mages de hasard et ta sainte Ghalabi*e, Toutes tes porteuses d'encens ;
CATHERINp THEOT. 291
Car ce culte secret, honteux, calqué sur Rome, Réclame de ta part un hautain désaveu.
Lorsque, tribun puissant, on se croit un grand homme, L'on n'a pas besoin d'être un dieu !
Le ridicule autant que le fer décapite.
Écoute encor Vadier! il parle, expert aux jeux Meurtriers, et branlant sa tête décrépite Il émeut un rire orageux;
Un rire qui bondit et qui court et qui roule. Trombe, foudre, incendie; ouragan, tourbillon, Vaste soulèvement assez fort dans sa boule Pour tordre la Convention.
Ils ravaient bien prédit, infortuné déiste.
Les Rabaud, les Guadet, ces fiers guillotinés. Que tu serais toujours le bonze qui persiste A croire ses rivaux damnés.
Te voilà plus qu'un bonze, un rival des Messies Que dans Tespoir flottant des prochains paradis Montrent de creux vendeurs d'obscures prophéties A des badauds dans un taudis.
Ah I qu'une fois au moins ton grave orgueil se cabre J
Et qu'il repousse avec des mépris menaçants '
Tes mages de hasard et ta sainte Ghalabre, Toutes tes porteuses d'encens ;
CATHERIN^ THEOT. 291
Car ce culte secret, honteux, calqué sur Rome, Réclame de ta part un hautain désaveu.
Lorsque, tribun puissant, on se croit un grand homme, L'on n'a pas besoin d'être un dieu !