‹ Poèmes de la Révolution, 1789-1796Chapitre 50 sur 73 · A M. CHARLES LENIENT · texte numérisé non relu

A M. CHARLES LENIENT

Avez-vous entendu frémir dans les ramures Le vent d'automne? Tels de yéhéments murmures Traversent le faubourg Antoine soucieux.

Or le faubourg Antoine, ô frères, c'est le vieux Patriote, le dur preneur de la Bastille, Kescaladeur du Louvre, et celui dont la fille, Éclose au soleil d'Août sur les pavés en feu. Belle comme le rêve immuable d'un dieu, S'appelle République et lance le tonnerre.

Donc, lorsque cette enfant, invincible en son aire.

Triomphe, le faubourg au cœur large est content

Et va, d'un pas joyeux, jusqu'à Ménilmontant

Ou parmi les coteaux familiers de Gharonne,

Fêter la France au front de laquelle fleuronne

La victoire, et chanter l'impétueux refrain

Qui là-bas vole avec les balles sur le Rhin :

La grande Marseillaise emplit Thumble guinguette.

Ce rude travailleur en honnête goguette

Danse naïvement, sans se faire prier,

Des rigodons rhythmés .par un ménétrier,

Et, lutteur fauve, admet la folâtre cadence

Des menuets galants et de la contredanse,

joie exubérante et candide !

Aujourd'hui Un atterrant chagrin semble peser sur lui Et, de ses décadis n'observant point la fête, Il va, triste et muet, le bonnet rouge en tête, Plus grave qu'en ces jours de labeur obstiné Où, brisé de fatigue, au moins il se sent né Pour vivre libre dans une fière patrie.

Non ! sa démarche est morne et sa face assombrie Et sa voix irritée et rauque par moments Traîne aux noirs carrefours de longs mugissements. C'en est fait I le faubourg Antoine est en colère I Pourquoi?

C'est qu'il a cru recevoir le salaire Des périls acceptés et des tourments soufferts.

Et de cette rupture immease de se& fers,

Par la plus belle et la plus pure des conquêtes, •

La République ! Mais cette dîtne de t^tes

Que chaque jour sanglant vient Jeter sur ses pas,

Cette quotidienne offrande, il n'en veut pas.

Son âpre aversion du Royalisme tombe

Devant la monotone horreur d'une hécatombe,

Et généreux il souffre à voir tous immolés

Les innocents avec les coupables mêlés.

Les vierges de seize ans, en proie aux victimaires.

Ravissent la pitié sanglotante des mères.

Et les vieillards font mal aux jeunes ouvriers

Qui regagnent d'un pas troublé leurs ateliers

Quand ils ont vu passer toutes ces têtes blanches.

Ainsi cet échafaud immobile, ces planches

Funèbres, le panier, le couperet, le son

Et l'assiduité du régulier Sanson,

Et toute cette pompe atroce du supplice.

Le faubourg n'en veut plus , lassé d'être complice,

Même par ses regards, et se refuse à voir

Le cortège qu'on mène en foule à l'abattoir

Gomme pour assouvir de sinistres frairies.

Il te faut des combats et non pas des tueries.

Brave faubourg, soldat de.Santerre, et témoin

De ces hideurs, tu veux les reléguer plus loin.

Ou parmi les coteaux familiers de Gharonne,

Fêter la France au front de laquelle fleuronne

La victoire, et chanter Timpétueux refrain

Qui là-bas vole avec les balles sur le Rhin :

La grande Marseillaise emplit Thumble guinguette.

Ce rude travailleur en honnête goguette

Danse naïvement, sans se faire prier,

Des rigodons rhythmés .par un ménétrier,

Et, lutteur fauve, admet la folâtre cadence

Des menuets galants et de la contredanse.

joie exubérante et candide !

Aujourd'hui Un atterrant chagrin semble peser sur lui Et, de ses décadis n'observant point la fête, Il va, triste et muet, le bonnet rouge en tête, Plus grave qu'en ces jours de labeur obstiné Où, brisé de fatigue, au moins il se sent né Pour vivre libre dans une fière patrie.

Non ! sa démarche est morne et sa face assombrie Et sa voix irritée et rauque par moments Traîne aux noirs carrefours de longs mugissements. C'en est fait I le faubourg Antoine est en colère ! Pourquoi?

C'est qu'il a cni recevoir le salaire Des périls acceptés et des tourments soufferts,

Et de cette inipture immense de ses fers,

Par la plus belle et la plus pure des conquêtes, •

La République I Mais cette dtine de têtes

Que chaque Jour sanglant yient Jeter sur ses pas,

Cette quotidienne offrande, il n'en veut pas.

Son âpre aversion du Royalisme tombe

Devant la monotone horreur d'une hécatombe,

Et généreux il souffre à voir tous immolés

Les innocents avec les coupables mêlés.

Les vierges de seize ans, en proie aux victimaires,

Ravissent la pitié sanglotante des mères.

Et les vieillards font mal aux Jeunes ouvriers

Qui regagnent d'un pas troublé leurs ateliers

Quand ils ont vu passer toutes ces têtes blanches.

Ainsi cet échafaud immobile, ces planches

Funèbres, le panier, le couperet, le son

Et l'assiduité du régulier Sanson,

Et toute cette pompe atroce du supplice,

Le faubourg n'en veut plus, lassé d'être complice,

Même par ses regards, et se refuse à voir

Le cortège qu'on mène en foule à l'abattoir

Gomme pour assouvir de sinistres frairies.

Il te faut des combats et non pas des tueries.

Brave faubourg, soldat de Santerre, et témoin

De ces hideurs, tu veux les reléguer plus loin.

■idl LE FAUBOURG

El, chaque jour, comme un orageux interprète, Ton murmure vient dire : « Arrière ! » à la charrette. La (liariiiie recule interdite, et demain Lit tiiaroliiL' de la mort changera de chemin I

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