A AUGUSTE VACQUERIE
Le flot des hymne*.
PlHDABB.
La nuit est taciturne et sinistre L'orage
Flagelle Paris endormi Qui semble succomber aux ténèbres, parmi
L'horreur d'un silence sauvage.
L'orage est maître, il court en éclairs vagabonds Gomme en torrents de pluie aiguë
Du ciel au sol, des toits sonores à la rue.
Par jets, par flots, par sauts, par bonds.
Nul passant à travers les places inondées
Qui, sortant de la section.
Jetterait aux échos : « La mort ou Pétion I »
Point de patrouilles attardées.
Le désert. C'est à peine au coin d'un carrefour
Si des chiens aux voix de crécelles Hurlent. Tout dort Jusqu'aux voleurs et jusqu'à celles
Qui vendent leur stupide amour.
Seul le long des quais noirs d'ombre enveloppés veille,
Veille un modique bataillon, Suivant pour son chemin la foudre au bref sillon,
C'est le bataillon de Marseille.
Les jeunes fédérés, tête au soleil, pieds nus, Quand Barbaroux leur a fait signe,
Des lointains climats d'or où l'azur est insigne, Les braves gens, ils sont venus.
Ils sont venus, comme une élite citoyenne.
Par l'été lourd, sans peur d'user
Leur corps vivace, pour nous aider à briser Le Bourbon et l'Autrichienne.
Insensible à l'orage et bien plus véhément Que les trombes et les bourrasques,
Cet essaim de héros, fils des mistrals fantasques. S'avançait impatiemment,
Ainsi, près de la Seine aux eaux troubles qui s'ouvre
Au long ruissellement des cieux, Ils marchèrent, le pied ferme et le cœur joyeux
Jusqu'à leur but fatal, le Louvre!
Trempés de pluie hostile, ils ne frémissaient pas
Sous ces humides avalanches.
Veste ouverte, ils allaient tels qu'en leurs gais dimanches
Avec un chant rhythmant leui*s pas.
Ce chant les emportait comme auraient fait leurs danses
Bondissantes près de la mer, Gomme la farandole ou l'âpre bacchuber :
Telles éclataient leurs cadences,
Tels, contre les éclairs qui se réverbéraient
Sur les murs du palais visibles.
Non moins brusques, non moins hardis, non moins terribles.
Eux aussi les sons fulguraient.
De cent lèvres en feu comme d'une fournaise
Les sons s'échappaient enflammés Incendiant les fronts des rhapsodes armés,
C'est qu'ils chantaient la Marseillaise.
La Marseillaise dans l'orage ! étrange accord,
Le ciel mariant son tonnerre A ce chant qui recèle en ses refrains la guerre
Formidable aux tyrans du Nord ;
Et ces couplets ardents, pleins de fièvre et de poudre,
Traversés d'un mortel frisson, L'un sur l'autre éclataient dans l'ombre, à l'unisson,
A l'unisson des coups de foudre.
La Marseillaise dans la nuiti au seuil des rois
Le cri des nocturnes colères Que sous de grands soleils les tocsins populaires
Feront retentir tant de fois.
L'orage errait toujours haletant, électrique. Tandis que l'hymne adolescent
Heurtait ta porte, ô Louvre effaré, grandissant Gomme une tempête lyrique!
LES ENROLEMENTS YOLONTAIRES
A M. ALFRED MÉZIËRES
C'est avec qualre mois qu'on chasse l'élranger. Et ces qualre mots sont : la Pairie en danger !