A ANDRE GILL
Tandis que les petits garçons Font d'effroyables unissons De tambour, la petite fille Avec sa poupée, à mi-voix Cause, grave et douce à la fois , Ou bien, sans rien dire, l'habille.
A la vitrine de Giroux La poupée a des cheveux roux, Ainsi qu'une actrice à la mode.
J'ignore comment les mamans Expliquent ses airs alarmants...
Ça ne doit pas être commode.
Celle-ci naquit à Paris :
Elle est gaie et semble avoir pris
Î4 LES POUPEES
Une coupe ou deux de Champagne.
Celle-là, moins à redouter Est nourrice et donne à téter; Elle arrive de la campagne.
Une autre avec de hauts talons Et de vrais cils, noirs mais trop longs. Par tous les temps de la semaine Traîne un bichon gros comme rien ; Est-ce elle qui mène le chien ?
Est-ce le bichon qui la mène ?
Une autre encor, lys et carmin,
Comtesse au faubourg Saint-Germain,
A sa voiture armoriée.
Un laquais aux yeux de faquin
La suit à Saint-Thomas-d'Aquin
Près d'elle est une mariée.
Toutes montrent un luxe fou.
Leur chapeau va comme un bijou A leurs têtes ébouriffées.
Les souliers nains, les petits gants Valent des prix extravagants ; Leurs couturières sont des fées.
Une grande madame attend Des visites : il en vient tant !
LES POUPEES
La chambre est déjà toute pleine.
— Les bébés sont bien plus jolis :
On les arrange dans leurs lits Sous la couverture de laine.
Petites filles, croyez-moi, N'ajoutez pas beaucoup de foi A Pair heureux de vos poupées ; Regardez vos mères, le soir.
Qui près de vous viennent s'asseoir, Charmantes, à coudre occupées.
Leur front tranquille, leurs beaux yeux
Qu'elles baissent valent bien mieux
Que ces mines évaporées.
De coquettes à falbalas !
— Et puis songez qu'il est, hélas !
Des mignonnes moins adorées :
Des enfants blondes comme vous.
Dont les regards aussi sont doux, Qu'on réjouit pour peu de chose.
Pour une poupée à ressort Qui coûte deux sous, et qu'endort Une bouclie petite et rose.
J(ï LESSOUPEUSES