‹ Poèmes de ParisChapitre 18 sur 66 · LES SOUPEUSES · texte numérisé non relu

LES SOUPEUSES

A JEAN BERAUD

Si le désœuvrement du rêve vous conduit

Dans les grands restaurants où l'on soupe la nuit,

Regardez, méfiant des promesses trompeuses,

Le troupeau lamentable et pâle des soupeuses ;

Ces traits où la beauté reste lisible encor,

Ces bras nus et cerclés de minces anneaux d'or ;

Ces fronts blancs qu'ont baisés des nuits de toutes sortes,

Ces yeux fixes et froids comme les yeux des mortes,

Et, malgré tout cela, le goût parisien

Qui s'arrange de tout et se pare de rien.

Si Ton porte une main firivole à leur corsage,

Au lieu d'un battement ou des rondeurs d'usage,

On rencontre, en façon hélas ! de billet doux,

Une carte à payer mise en ce lieu pour vous.

Elles ne parlent pas beaucoup ; j'en suis bien aise.

Elles disent : « Perdreau, Champagne, mayonnaise »

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C'est tout ; encor la voix est sans conviction. Pour ces femmes souper est une fonction. Délices des vieux beaux mariés en province, Elles sont le plaisir moderne autant que mince. Vers quatre heures enfm, avec quelque chaland Naïf, elles s'en vont d'un pas stupide et lent.

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