‹ Poèmes de ParisChapitre 23 sur 66 · A HENRY GROS · texte numérisé non relu

A HENRY GROS

Les printemps sont passés où nous allions souvent

Éveiller dans les bois qu'agite un peu de vent

Les papillons couleur de soufre et les abeilles.

Deux fleurs rouges étaient ses deux pendants d'oreilles...

Et moi, qui me connais aux rêves des oiseaux,

J'écoutais l'air enfler la flûte des roseaux ;

Puis, du ciel lumineux et du doux paysage,

Mon regard s'abaissait vers le charmant visage

Qui, rose, me disait : C'est moi qui suis le ciel!

Mon rêve se faisait proche et matériel.

Je riais ; les bonheurs ne songent pas aux tombes !

Et prenant dans mes mains comme on prend des colombes

Ses mains dont la peau semble un duvet tiède et blanc,

Ma bouche s'y posait, et mon âme, en tremblant.

Plus de chansons ! Une aube obscure de décembre Fait luire tristement les vitres de ma chambre.

Le vent d'hiver, soufflant plaintif jusqu'aux replis De mon cœur, va troubler les chers ensevelis, Les morts qui dorment là comme sous une pierre. Le jour a ces reflets d'argent dont la paupière Est blessée, et, filtrant dans l'ombre, un rayon dur Éclaire un portrait fin et pâle sur le mur.

Ce n'est rien qu'une simple esquisse à la sanguine ;

La tête, aux traits charmants, l'épaule qu'on devine.

Et, comme crayonné sur marge, le dessin

Du corsage tendu par la pointe du sein.

Frêle image 1 la main tremble quand on la bouge

Corrège ainsi peignait suaves, au trait rouge,

Parmi les langes frais au Paradis cousus,

La madone Marie et son enfant Jésus.

Les cheveux si légers s'envoient autour d'elle

Qu'on dirait un duvet de cygne ou d'hirondelle.

Palpitant sur la neige onduleuse du cou ;

Puis l'oreille, mignonne et grasse, sans bijou :

Que ferait un bijou sur cette nacre rose ?

La joue, épaisse un peu de contours, car la pose

Est penchée, et, plus bas, le rond ferme et charmant

Du menton, sa fossette; et bonnes par moment

Les lèvres, autrefois sur les miennes pâmées ;

Toute votre beauté, chères lignes aimées :

Le nez et le front droits, modelés avec art,

Et l'immobilité flottante du regard.

Ainsi, comme un serpent mal tué se ranime, L'amour se tord au fond de ma langueur intime,

Et je sens revenir la vieille lâcheté

Que nous sait infuser dans l'âme la beauté.

Je voudrais dénouer encor les longues tresses

Qui, dérobant l'épaule, irritaient les caresses,

Et faisaient en tombant des liens à mes bras.

Mais non ! Le doux portrait qui souriait là-bas,

Et qu'avait fait revivre un éclat de lumière,

A retrouvé déjà sa pâleur coutumière ;

Il s'efface... et mon œil regarde avec effort

Le f:mtôme indécis comme on regarde un mort.

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