‹ Poèmes de ParisChapitre 28 sur 66 · LE ROSSIGNOL · texte numérisé non relu

LE ROSSIGNOL

A M. LE COMTE D'OSMOY

Pour le contraindre à chanter mieux Dans la cage, des mains cruelles Au rossignol crèvent les yeux, Mais ne lui brisent pas les ailes.

Le pauvre oiseau met à voler Une obstination touchante ; Aveugle, pour se consoler, Il faut qu'il s'agite et qu'il chante.

Il se souvient qu'il faisait jour Dans le feuillage des grands chênes, Et qu'il avait des nuits d'amour Au doux bruit des sources prochaines.

6o LE ROSSIGNOL

Comme autrefois il chante alors.

Son chant est-il plus beau ? Peut-être. Il devine de ses yeux morts Que le printemps vient ^e renaître.

Je ne ferais pas comme lui Si j'avais perdu la lumière: Le poids d'un incurable ennui Chargerait sans fin ma paupière.

Ne voyant plus les soirs d'été Ni les matins bleus dans leur gloire.

Je voudrais chasser la beauté Et le soleil de ma mémoire.

Chanter ! J'aurais beau le vouloir :

J'aurais au coeur de telles fièvres, Qu'un immobile désespoir A jamais scellerait mes lèvres.

Puissé-je sous un ciel vermeil Finir ma dernière journée, Les yeux tournés vers le soleil De quelque Méditerranée !

LES FLEURS DE PARIS 6l

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