‹ Poèmes de ParisChapitre 4 sur 66 · LA MESSE DE MIDI · texte numérisé non relu

LA MESSE DE MIDI

Devant cette prière exquise, en chapeau bleu,

On rêve d'être au ciel et d'être le bon Dieu

Pour exaucer le vœu de cette bouche rose

Qui demande d'un ton si bas si peu de chose :

Un bracelet plutôt de diamants que d'or.

Le bonheur d'un bébé charmant qui tette encor,

Si le docteur n'a pas menti, si cette fièvre

Est loin, avec le feu qu'on avait sur la lèvre,

Si demain soir l'aura tout à fait effacé

Et si l'on sera mieux que Madame de C...

Vraiment il faudrait être un bon Dieu bien farouche

Pour ne pas écouter ce que dit cette bouche,

Pour n'être pas touché, du plus profond des cieux,

De ces longs cils dévots abaissés sur les yeux,

De ces élancements élégants et mystiques

Qui prouvent le bon ton et les saines pratiques ;

Et quand elle a fini, fleur de dévotion,

Sa prière qu'embaume un parfum d'onctiou.

Elle ferme son livre, et tranquille se lève ;

Ses regards sont noyés de ferveur et de rêve.

Belle, sans déranger de chaises, lentement

Elle marche, et s'en va dans un frissonnement.

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