HIVER
Voici venir les mois d'hiver, les tristes mois.
La cognée a troublé la fête des grands bois ;
Et hêtres, chênes forts, cimes en bas jetées,
Arrivent à la ville en longues charretées.
Bois ! honneur des coteaux, gloire de la saison,
Vous venez égayer quelque riche maison ;
Ce n'est pas l'artisan, ni l'humble et pauvre femme
Que vous réchaufferez à votre rouge flamme ;
La faiblesse et la peine ont un seul droit, souffrir,
Et c'est pour les heureux qu'on vous a fait mourir.
O joyeux nids détruits, ô chansons envolées ! Devant ces troncs gisants qui formaient des allées. Je songe à vous, grands bois, qui consolez de tout ; Aux voûtes des chemins avec le ciel au bout,
Et, remontant le cours de mes belles années,
A ces courses à deux jusqu'à la nuit menées,
A ces rires croisant le vol des papillons,
Quand le jour peint les fleurs de ?es derniers rayons
A toute la magie adorable et profonde
Des verts rameaux penchés sur une tête blonde,
A la paix taciturne, aux murmures, aux voix
Qui sortent du printemps et qui hantent les bois.