LE CIMETIERE
Puis ce fut un tournant de rue, une vallée Subite, des cyprès, la fuite d'une allce^ Des tilleuls dépouillés et battus par le vent. Le champ reconnaissable où l'on alla souvent, Où d'étranges ferments revivent dans les arbres, Un lointain tacheté par la blancheur des marbres, Le cimetière enfin dans son nocturne effroi ; Et je fus offensé, rêveur de peu de foi, Du peu d'herbe où l'on dort lorsque la vie est lasse. Le plus grand trépassé ne prend guère de place : Au même espace tient la peine et le remords, Et la terre commune accorde tous les morts.
Alors, comme un sanglot, monta dans ma pensée Un amer souvenir de jeunesse passée ; Je revis la blancheur d'un matin radieux. Une femme qui fut la gloire de mes yeux, Et qui faisait mon cœur épris d'elle si tendre Que je n'essayais pas même de me défendre ; Je me rappelai belle, hélas ! en vérité Et ne touchant qu'à peine au seuil blond de l'été, La jeune fille morte et couchée avant l'heure, Qui pour moi fut la plus aimée et la meilleure, Dont la grâce suivait en souriant les pas. Qui pouvait vivre encore et ne le voulut pas.