‹ Poèmes de ParisChapitre 61 sur 66 · ALPHONSE DAUDET · texte numérisé non relu

ALPHONSE DAUDET

Comme au théâtre on voit la fuite bleue et rose

Des gazes se lever sur une apothéose.

Ainsi le gai matin, machiniste idéal,

Roule vers le Zénith le brouillard automnal.

Le voile moins épais de la vapeur tremblante

Découvre par degrés une vision lente.

La ville transparaît confuse, trouble encor.

Puis moins vague, puis claire, avec ses dômes d'or,

Ses flèches, ses toits gris, ses tours au ciel dressées,

Ses fenêtres, regards où luisent des pensées,

Son fleuve pâle et vert et que ride le vent

Et son horizon fin, radieux et vivant.

Il faut, pour goûter mieux la splendeur printanière, L'automne pâlissant à son heure dernière.

B R O l- IL 1 A R D n ' ( ) n O lî R F II 9

Dans un azur égal l'immobile clarté

Sans doute lasserait notre àme de l'été.

Il faut nous mesurer le nombre des étoiles,

Et que même le ciel s'enveloppe de voiles.

D'ailleurs, cette rigueur de nos climats du nord

Garde pour la pensée un charme rude et fort.

Pas d'ivresse troublante et chanteuse, un jour sobre.

Le soleil est un vin : la sagesse d'Octobre

Le tempère, et son feu, vers l'arrière-saison^

Sans troubler le regard échauffe la raison.

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